Pour ajouter à son alimentation un peu de… ténébrions!

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Par Hubert Lapointe
Pour ajouter à son alimentation un peu de… ténébrions!
Cynthia Faucher informe que les ténébrions offre 56 % de protéines, 21 % de lipides, 5 % de glucides et 8 % de fibres. (Photo : Beauce Média – Hubert Lapointe)

AFFAIRES. Partout sur la planète, deux milliards d’êtres humains mangent des insectes quotidiennement. Pourquoi pas ici? Selon Cynthia Faucher, directrice générale de l’entreprise Uni-Vers Entomoculture de Sainte-Marie, il s’agit uniquement d’une question d’habitude. Pour elle, l’heure est venue de faire découvrir à la population québécoise les mille et un avantages de consommer des ténébrions.

Cynthia Faucher dévore un produit créé par une homologue de Québec: des barres énergétiques aux ténébrions et à l’érable.

Le rêve de Cynthia Faucher a débuté il y a environ deux ans, dans un condo à Stoneham dont elle était propriétaire. Au départ, elle savait que trois élevages étaient tolérés: la mouche soldat noire (mais elle vole), le grillon (il saute et fait du bruit) et le ténébrion. « En plus, le ténébrion est meilleur au goût! […] Ça a un goût de noisettes », informe-t-elle.

C’est ainsi qu’elle a vendu son condo afin d’avoir les fonds nécessaires pour se lancer en affaires. Puis, après avoir trouvé une associée en la personne de Séverine Moreau, Uni-Vers Entomoculture est née. L’entreprise a pignon sur rue au 720 de la route Carter depuis maintenant six mois. « Si on mange des escargots, on peut manger des ténébrions! »

Apprivoiser les bestioles

Lorsqu’elle se remémore ses premiers tests en condo, elle avoue qu’elle n’appréciait guère ses milliers de colocataires. « J’en faisais des cauchemars! », a-t-elle commenté. Mais, deux éléments l’appelaient. Premièrement: la nouveauté. « Tout est à faire et c’est ça qui m’allume. On est seulement au début de l’aventure! », de dire la passionnée.

Les larves, prêts à la consommation.

Qui plus est, elle sait pertinemment que les sushis, boudés il y a 25 ans, sont aujourd’hui devenus si populaires qu’on en trouve même en restauration rapide. Rêveuse, elle espère que manger des insectes deviendra un jour tout aussi banal. « Pourquoi pas?! Les jeunes d’aujourd’hui sont très soucieux de changer le monde et sont ouverts aux nouvelles expériences. […] La population mondiale est en constante augmentation. Ça va devenir difficile de nourrir tout le monde en 2050. Je ne dis pas aux gens de changer leur alimentation, je veux simplement leur faire découvrir une façon de substituer la viande d’un repas », a-t-elle invité.

Deuxièmement, Mme Faucher croit fortement au principe d’économie circulaire (laquelle veut que le déchet d’une industrie soit recyclé en matière première d’une autre industrie). Or, ses petits chéris se nourrissent de résidus de farine de son client (producteur de nourriture pour animaux domestiques), de même qu’en vieux (mais non pourris) fruits et légumes des Pères Nature qui auparavant terminaient à la poubelle. À la fin, elle n’a pas non plus de déchets, car elle revend le fumier de ténébrion comme fertilisant.

Des nymphes (entre la larve et l’adulte).

Déjà une forte demande

Actuellement, Uni-Vers Entomoculture compte une centaine de bacs de ténébrions adultes pour la reproduction, et environ 500 bacs de larves. En travaillant fort, Cynthia Faucher croit pouvoir produire deux tonnes de farine de ténébrion par année. Toutefois, même si elle n’a pour le moment qu’un seul client, elle n’est pas en mesure de suffire à la demande. « Le problème n’est pas de trouver des clients, la difficulté est de produire à grande échelle », dit-elle. Ce faisant, elle entend agrandir ses locaux au cours de l’été afin d’atteindre la barre des cinq tonnes de production annuelle.

Ensuite, puisqu’elle ne dispose pas encore de tout le matériel nécessaire pour cuisiner les ténébrions pour la consommation humaine, elle entretient le désir de louer une cuisine à Lévis pour y réaliser quelques essais. S’ils sont concluants, on pourrait manger des ténébrions beaucerons dès l’automne prochain.

Entretemps, elle participe à de nombreux Salons et elle étudie constamment jusqu’à sept génétiques différentes de ténébrions dans le but de sélectionner l’élevage optimal.

À long terme, elle aimerait pouvoir conserver des échantillons d’autres élevages et, un jour, devenir officiellement la Banque génétique des ténébrions du Canada.

Il est à noter que Cynthia Faucher est à la recherche d’un étudiant pour un emploi d’été. Les jeunes intéressés peuvent se faire connaître à info@productionunivers.com. « C’est une bonne job et je suis une bonne boss! », sourit-elle.

Pour obtenir davantage d’informations, visitez le www.productionunivers.com.

Des ténébrions adultes.

Quelques chiffres

Produire un kilo de viande de bœuf requiert l’utilisation d’environ 15 500 litres d’eau et 10 kilos de nourriture. Pour le même poids en ténébrions, il ne faut que la quantité d’eau nécessaire pour laver un bac après chaque production et moins de deux kilos de nourriture. De plus, un kilo de bœuf représente 50 fois plus de gaz à effet de serre qu’un kilo de ténébrions.

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