Le temps des gougounes

Le temps des gougounes

Crédit photo : libre de droits

COMMENTAIRE. ENFIN, un peu de chaleur! Et la Dame Nature du Québec étant ce qu’elle est, mieux vaut en profiter pendant que ça passe pour sortir nos pieds de hobbit velus aux ongles d’orteils cornus et jaunis de leur cachette. (Ils sont rarement aussi repoussants, mais c’est comme ça qu’on les perçoit.)

En ce qui me concerne, vous pesez 400 livres? Vous avez les jambes mangées par les varices? Vous avez une excroissance inexpliquée au milieu du dos? Peu importe. Tout le monde a le droit de prendre du soleil.

Bon. Ça, c’est le discours que nous avons envers les autres. Mais envers soi-même, il est souvent difficile de faire face à des complexes qui refont surface après six mois d’hibernation. (Je ne juge personne, je suis le pire de la gang.) On aurait envie de dire « Ça t’écœure? Regarde ailleurs! », mais combien de personnes éviteront d’aller à la piscine publique par timidité? Tout comme le nombre d’acariens sur mon oreiller, j’aime mieux ne pas le savoir.

Idem avec les pieds. Beaucoup de gens souhaiteraient se promener tout l’été en gougounes (un joli mot d’ailleurs, dont seule la prononciation fait sourire, mais dont le claquement devient insupportable après deux minutes). Mais, même si regarder les orteils d’autrui n’est pas un réflexe naturel, on refuse la sandale aussitôt qu’on a un centimètre de peau sèche. Triste, parce que votre corne inopinée me dérange encore moins que le souffle d’une coccinelle ne gêne la stabilité d’une structure d’acier beauceron. (C’est ce qu’on appelle de la poésie de construction!)

Maintenant, puisque je n’ai aucune autre compétence que celle de savoir plier ma langue en trois, je n’ai pas de trucs à donner sur l’acceptation de soi. J’ignore si ça prend une force de caractère incroyable ou une extraordinaire candeur, mais si vous avez la moindre imperfection et que vous arrivez quand même à vous dévêtir (d’une manière socialement acceptable, je n’encourage personne à se promener tout nu en public), je vous trouve admirable.

Et si vous vous trouvez beau, tant mieux pour vous et là, je vous invite à sortir les gougounes en l’honneur de tous ceux qui n’osent pas. Ça serait joli comme message! La moustache pour le cancer de la prostate, la boucle d’oreille pour le cancer tout court, et maintenant la gougoune de la libération des inhibitions! Peut-être même organiser une marche pour la cause?! Pas plus que deux minutes par contre, parce que 500 personnes qui cavalent en gougounes, vous imaginez les claquements que ça ferait…

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