Les hockeyeuses redoutent les répercussions de la suspension du financement

Donna Spencer, La Presse Canadienne
Les hockeyeuses redoutent les répercussions de la suspension du financement

CALGARY — La décision du gouvernement fédéral de suspendre le financement de Hockey Canada en raison de problèmes qui n’ont rien à voir avec l’équipe nationale féminine peut encore avoir des répercussions.

Les équipes canadiennes féminine et de parahockey dépendent fortement des fonds fédéraux pour fonctionner.

La majeure partie des coûts d’entraînement des équipes masculines sont assumés par les clubs professionnels ou juniors qui prêtent des joueurs à Hockey Canada pour les tournois internationaux.

Ainsi, lorsque la ministre fédérale des Sports, Pascale St-Onge, a gelé le financement de Hockey Canada en raison de sa gestion d’une agression sexuelle présumée par des membres de l’équipe masculine qui a pris part au Championnat du monde junior de 2018, les joueuses canadiennes se sont inquiétées des retombées financières pour leur équipe.

«C’est une préoccupation, c’est certain», a reconnu l’attaquante Blayre Turnbull. Nous nous considérons comme des athlètes professionnelles sans chèque de paie professionnel.

«Une grande partie de notre argent vient du gouvernement et d’autres organisations comme celle-là. Notre programme serait grandement affecté si le gel des fonds se poursuivait.»

Parmi les 142 joueuses seniors et en développement qui participent actuellement à un camp à Calgary, 19 d’entre elles ont remporté l’or olympique à Pékin en février.

Le premier Championnat du monde féminin à avoir lieu la même année civile que les Jeux olympiques se mettra en branle le 25 août au Danemark.

Les Canadiennes tenteront d’y défendre leur titre remporté il y a un an à Calgary où elles ont eu raison des États-Unis en prolongation lors de la finale.

Leur préparation pour le Danemark n’est pas affectée, mais l’avenir financier du programme féminin paraît trouble pour les joueuses sous les sanctions actuelles.

«C’est une préoccupation justifiée, surtout à long terme, a révélé Gina Kingsbury, directrice des opérations hockey des équipes féminines de Hockey Canada, à La Presse Canadienne. Nous entrons dans une zone que nous ne comprenons pas entièrement. J’essaie de me concentrer sur ce que je peux contrôler.

«À court terme, le message de Hockey Canada était que nous ne serons pas touchées ici cette saison. Il est normal de penser à long terme, quels sont ces impacts? Si cela affecte Hockey Canada à long terme, cela affecte notre programme féminin.»

St-Onge a suspendu le financement de Hockey Canada après les révélations du journaliste Rick Westhead de TSN selon lesquelles l’organisation avait conclu un règlement financier avec une femme alléguant que des membres de l’équipe masculine du Championnat du monde junior de 2018 l’avaient agressée sexuellement à la suite d’un gala de Hockey Canada.

Hockey Canada a révélé plus tard que des membres de l’équipe masculine du Mondial junior de 2003 faisaient l’objet d’une enquête pour agression sexuelle présumée en Nouvelle-Écosse. Les allégations n’ont pas été prouvées devant les tribunaux.

Mais l’argent fédéral est retenu jusqu’à ce que Hockey Canada respecte les conditions de St-Onge. Elles comprennent une vérification financière de l’organisation, de la production des recommandations d’un rapport d’enquête par un cabinet d’avocats tiers, de l’élaboration d’un plan d’action pour changer la culture et l’adhésion au Bureau du commissaire à l’intégrité.

Hockey Canada a pris des mesures pour respecter ces conditions, mais St-Onge a précisé aux députés la semaine dernière que l’argent ne serait pas versé «tant que nous ne serons pas convaincus que les conditions seront remplies».

«Je pense qu’il est vraiment important que ces problèmes soient abordés, que nous allions au fond des choses, a mentionné l’attaquante Brianne Jenner. C’est l’espoir et je pense que tous les Canadiens le souhaitent.»

L’équipe féminine a reçu 6 millions $ en financement de la part du programme À nous le podium (ANP) au cours des quatre années avant les Jeux de Pékin, où le Canada a obtenu l’or aux dépens des États-Unis, tandis que les équipes masculines ont reçu 1,8 million $ au cours de la même période quadriennale.

ANP a versé 4 millions $ lors de la période avant Pékin à l’équipe masculine de parahockey qui a remporté l’argent.

Les femmes espèrent qu’elles ne paieront pas un prix disproportionné pour les actions des autres sous la tutelle de Hockey Canada.

«Les actions ont des conséquences et les gens sont tenus responsables de leurs actions, mais ce que je sais, c’est que la culture du hockey féminin que nous avons créée, et cela a demandé beaucoup de travail, est un environnement sécuritaire», a déclaré la défenseuse Jocelyne Larocque. Je pense que les Canadiens qui nous suivent le savent.»

En tant qu’athlètes de haut niveau à temps plein, les athlètes féminines et de parahockey reçoivent des chèques mensuels de Sport Canada du programme d’aide aux athlètes (PAA) d’environ 1800 $ par mois.

Sport Canada a confirmé que les vérifications se poursuivront.

«Il n’y a pas eu de suspension du financement du PAA aux athlètes brevetés du programme de l’équipe nationale féminine ou paralympique», a souligné une porte-parole à La Presse Canadienne dans un courriel.

Bien que la Pétrolière Impériale, la Banque Scotia et TELUS aient retiré leur commandite du Championnat du monde de hockey junior masculin, ces entreprises ont indiqué qu’elles continueraient de soutenir financièrement les programmes jeunesse et les événements féminins.

«J’espère que le public comprend que le hockey féminin est sain, que la culture dont nous parlons ne s’applique pas tout à fait de notre côté, a ajouté Kingsbury.

«Nous sommes fières de la culture et de l’environnement que nous construisons, nous sommes fières du programme que nous avons, nous sommes fières des personnes qui font partie de ce programme, de haut en bas.»

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