Mark Carney remanie le comité consultatif sur les relations canado-américaines
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney a annoncé mardi la composition de son nouveau comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, intégrant à l’équipe un ancien chef du Parti conservateur du Canada et l’ancien Haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni.
Le comité, qui sera présidé par le ministre responsable du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, relance sous un autre nom le Conseil sur les relations canado-américaines créé par l’ancien premier ministre Justin Trudeau en janvier 2025.
M. Carney a indiqué que le comité le conseillera, ainsi que M. LeBlanc et le reste de l’équipe de négociation, alors que le Canada se prépare à la révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) sur le commerce en juin prochain.
«C’est un groupe diversifié: des dirigeants du mouvement syndical, des experts de l’industrie, des PDG du secteur financier et de l’ensemble de l’économie», a mentionné M. Carney dans une brève déclaration à son arrivée sur la colline du Parlement mardi.
Parmi les nouveaux membres figurent l’ancien chef conservateur Erin O’Toole, l’ancien ministre libéral et Haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni Ralph Goodale, l’ex-ministre conservatrice Lisa Raitt et l’ancien premier ministre du Nunavut P.J. Akeeagok.
M. O’Toole a déclaré à La Presse Canadienne qu’il s’était entretenu avec le chef conservateur Pierre Poilievre et le porte-parole en matière d’affaires étrangères Michael Chong au sujet de son adhésion au comité, et que tous deux avaient soutenu cette initiative.
«Pierre a jugé très utile que je fasse partie de ce comité, je vais donc faire partie de l’Équipe Canada, mais je vais aussi m’assurer de soulever des questions qui, selon moi, ont été négligées par le gouvernement précédent», a-t-il précisé.
M. O’Toole a indiqué qu’il souhaitait que son rôle au sein du comité soit substantiel, et non simplement symbolique. Il a ajouté que, au vu des autres noms présents à la table, il semblait que le gouvernement recherchait véritablement des retours et des conseils.
«J’ai été assez critique envers M. Trudeau et (l’ancienne ministre des Finances Chrystia) Freeland la dernière fois. Ils avaient leur soi-disant programme commercial libéral, qui ne correspondait pas aux préoccupations américaines sur toute une série de questions, en particulier la Chine», a avancé M. O’Toole.
«Je pense donc que j’apporterai une perspective différente, et je pense que c’est ce que le premier ministre attend de ce comité», a-t-il précisé.
Un forum pour les dirigeants
Le comité compte plusieurs personnalités connues au Québec, dont la présidente de la FTQ, Magali Picard, l’analyste sur la politique américaine Valérie Beaudoin et le chef de la direction de la coopérative Agropur, Émile Cordeau.
On retrouve également le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard.
Le nouveau comité comprend des présidents et des directeurs de grandes entreprises canadiennes des secteurs de l’énergie, des ressources, de la foresterie et des transports. On y trouve notamment les dirigeants du Canadien National (CN), de la Banque de Montréal, de Nutrien, de TC Énergie, de Canfor et de Teck Resources.
Le nouveau groupe ne comprend pas plus d’une dizaine de personnes qui faisaient partie du comité consultatif de Justin Trudeau, dont l’ancienne première ministre de l’Alberta Rachel Notley, ainsi que les figures emblématiques de «Dragon’s Den», Arlene Dickinson et Wes Hall.
Il est à noter que le comité de M. Carney omet d’inclure Steve Verheul, qui était le négociateur en chef du Canada pour l’accord actuel entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
L’ambassadeur du Canada à Washington, Mark Wiseman, ne fait pas partie du comité, bien que sa prédécesseure, Kirsten Hillman, ait siégé au comité de M. Trudeau.
Le nouveau comité conserve quelques membres de l’ancienne version, notamment l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, le président de l’Association des fabricants de pièces automobiles, Flavio Volpe, et la présidente d’Unifor, Lana Payne.
M. LeBlanc a expliqué que le comité se concentrait sur les entreprises ayant des liens et des clients importants aux États-Unis, et qu’il tiendrait sa première réunion la semaine prochaine.
«J’ai moi-même parlé à plusieurs de ces personnes. (…) C’est vraiment un mélange de personnes qui représentent des industries, mais aussi des travailleurs et des communautés», a-t-il précisé.
Mme Raitt, aujourd’hui cadre en investissement à la CIBC, se réjouit de travailler avec Janice Charette, négociatrice en chef du Canada auprès des États-Unis, et est optimiste quant à la prise en compte des conseils du comité par le gouvernement.
«Quand on vous demande de siéger à un comité comme celui-ci, on se demande souvent: “Vont-ils vraiment suivre mes conseils?” ou “Vont-ils vraiment les écouter?” Je n’ai aucun contrôle sur le fait que mes conseils soient suivis ou non, mais je pense qu’ils vont écouter et je pense que c’est un très bon signe», a-t-elle déclaré lors d’une entrevue.
Changement de cap avec les États-Unis
M. Carney a publié une vidéo dimanche dans laquelle il s’est engagé à ne jamais enjoliver les défis auxquels le Canada est confronté avec les États-Unis, et a fait valoir que cette relation était devenue une source de «faiblesse».
Mme Raitt a souligné qu’elle laisserait la politique aux politiciens, mais qu’elle souhaitait tout de même voir s’établir une relation positive avec les États-Unis.
«Je suis tout à fait favorable à la coopération avec les États-Unis et au maintien d’une relation positive, car je pense que c’est important pour notre pays», a-t-elle mentionné.
M. O’Toole a fait savoir qu’il partageait l’analyse de M. Carney. Il a expliqué que les relations entre le Canada et les États-Unis avaient changé parce que les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, s’étaient détournés des systèmes internationaux dont ils avaient bénéficié et qu’ils avaient contribué à créer.
«Si nous parvenons à nous diversifier, à développer de nouveaux marchés, à renforcer certaines capacités souveraines et notre autonomie, alors si les choses reviennent à la normale avec les États-Unis, tout le reste ne sera que du bonus», a-t-il avancé.
M. Poilievre a mentionné mardi aux journalistes qu’il estimait que le Canada devrait aborder les négociations commerciales en faisant pression pour créer une réserve stratégique de minéraux et de pétrole afin de contraindre les États-Unis à maintenir un accès au marché en franchise de droits.
