Le discours enflammé de Chrétien ovationné lors de la commémoration du 11-Septembre
GANDER — L’homme qui a dirigé la réponse du Canada aux attentats terroristes survenus aux États-Unis il y a 25 ans a suscité vendredi l’enthousiasme de l’assistance à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador, lorsqu’il a mis en garde les dirigeants américains contre le risque de confondre la générosité canadienne avec de la faiblesse.
L’ancien premier ministre Jean Chrétien a insisté sur le fait que ses propos incisifs étaient un signe d’amitié alors qu’il s’exprimait dans le centre de Terre-Neuve lors d’une cérémonie commémorant le 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001.
«Oui, le Canada est un pays généreux et ouvert, et les Canadiens sont tolérants et bienveillants, a-t-il déclaré. Mais ne confondez jamais notre générosité avec de la faiblesse. Ne confondez jamais, jamais, notre tolérance avec un manque de détermination. Et ne confondez jamais, jamais, notre bienveillance avec de la mollesse.»
Les amis se disent la vérité, a-t-il ajouté sous le regard de l’ambassadeur des États-Unis, Pete Hoekstra.
«Nous avons accueilli nos amis et nous les avons aidés lorsqu’ils en avaient besoin, mais nous ne nous inclinons devant personne, a tonné M. Chrétien, tandis que la foule l’acclamait à nouveau. Plus on nous menace et plus on nous maltraite, plus nous nous défendrons et resterons unis.»
«Vive les États-Unis, et vive le Canada!», a-t-il lancé d’une voix tonitruante, tandis que les gens dans la foule se levaient d’un bond de leurs chaises.
Trente-huit avions transportant plus de 6500 passagers ont été cloués au sol à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador, après que des pirates de l’air ont pris le contrôle de quatre appareils et les ont précipités contre le World Trade Center à New York, le Pentagone à Washington et dans un champ en Pennsylvanie.
Des militaires, des secouristes et certains des passagers bloqués figuraient parmi les milliers de personnes qui se sont rassemblées pour la cérémonie marquant l’anniversaire du 11 septembre 2001.
Les habitants de Gander ont tout laissé tomber pour remplir les églises et les salles communales de lits de camp, de nourriture et de vêtements, et ils ont pris soin des passagers pendant plusieurs jours.
Trente-huit avions transportant plus de six mille cinq cents passagers ont été cloués au sol à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador, après que des pirates de l’air ont pris le contrôle de quatre appareils et les ont précipités contre le World Trade Center à New York, le Pentagone à Washington et dans un champ en Pennsylvanie.
M. Chrétien a rappelé avoir invoqué l’article 5 de l’OTAN, qui stipule qu’une attaque armée contre un membre de l’OTAN est considérée comme une attaque contre l’ensemble de ses membres.
«Notre ami le plus proche a été attaqué. Nous avons déclaré qu’il s’agissait également d’une attaque contre nous, et nous avons riposté côte à côte», a-t-il dit.
M. Hoekstra, qui a pris la parole avant M. Chrétien, a affirmé à la foule que Gander avait prouvé au monde entier que «le bien l’emporterait», même dans les moments tragiques.
«Lorsque les Américains entendent le mot « Gander », nos cœurs s’adoucissent, et nous murmurons simplement une nouvelle prière, a-t-il dit. Et une fois de plus, nous vous disons merci. En tant que représentant du gouvernement des États-Unis, merci aux habitants de Gander.»
Le discours de M. Hoekstra intervient à un moment difficile pour les relations entre le Canada et les États-Unis.
Le président américain, Donald Trump, a imposé le mois dernier des droits de douane de grande envergure sur des produits canadiens, ce qui a poussé le Canada à riposter en imposant ses propres droits de douane sur des produits américains.
Mais la plupart des orateurs ont choisi de mettre l’accent sur les liens qui unissent les deux pays.
Percy Farwell, le maire de Gander, a rappelé à la foule que cette journée était l’occasion de se souvenir de ceux qui sont morts et qui ont souffert, mais aussi de l’humanité qui s’est manifestée il y a 25 ans.
«N’oublions pas nos obligations les uns envers les autres et le pouvoir dont nous disposons chacun pour véritablement changer les choses dans un monde parfois brisé», a-t-il clamé.
Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, a délivré un message d’unité.
Les personnes qui ont atterri à Gander «venaient de pays différents, parlaient des langues différentes, professaient des croyances différentes, menaient des vies différentes, avaient des histoires différentes et des destinations différentes, a-t-il rappelé. Mais rien de tout cela n’avait d’importance. Ce qui comptait, c’est qu’elles étaient là et qu’elles avaient besoin d’aide. Alors, les gens leur ont tendu la main.»
Le président américain, Donald Trump, a imposé le mois dernier des droits de douane de grande envergure sur des produits canadiens, ce qui a poussé le Canada à riposter en imposant ses propres droits de douane sur des produits américains.
Mme Bass a confié qu’elle n’oublierait jamais la gentillesse des habitants de ville, qui ont fourni trois repas par jour, organisé des fêtes pour les enfants et apporté du réconfort aux passagers et à l’équipage.
«Beaucoup de gens ne voulaient pas repartir le 15 septembre, s’est-elle remémoré. Ils avaient tellement peur de ce qui les attendait à notre retour dans notre pays, qui était complètement dévasté, mais nous avions passé cinq jours au sein de la plus belle communauté du monde.»
À Banff, en Alberta, le premier ministre Mark Carney a également rendu hommage aux victimes du 11 septembre, affirmant que les Canadiens se tiennent aux côtés de leurs voisins américains dans le deuil, le souvenir et la solidarité.
«Vingt-cinq ans plus tard, la douleur est encore vive et nous rendons hommage à toutes les personnes qui ont perdu la vie, et les autres, ceux et celles dont la vie a été toujours bouleversée», a déploré M. Carney.
Le premier ministre a également souligné que ce moment sombre a fait ressortir le meilleur des Canadiens: des pompiers gravissant les escaliers pour secourir les personnes coincées dans des immeubles en feu, des secouristes travaillant pendant des semaines pour permettre aux familles de tourner la page. Il a ajouté que la leçon à tirer de ces événements, selon lui, est que la réponse à l’obscurité, c’est de tendre la main.
«C’est la plus juste réponse dans n’importe quelle situation de rendre service à un inconnu, un voisin, une communauté, dans le besoin», a insisté M. Carney.
Raphael Fusco, qui avait 17 ans le 11 septembre 2001, voyageait de Milan à Newark, dans le New Jersey, avec son père lorsque leur avion a été contraint d’atterrir à Gander. Ils ont été conduits en bus à Lewisport, à Terre-Neuve, où ils ont dormi sur les bancs d’une église pendant trois nuits.
M. Fusco, musicien, explique que cet anniversaire le touche particulièrement en raison de la façon dont les Canadiens et les Terre-Neuviens ont accueilli les passagers chez eux et «nous ont donné les vêtements qu’ils portaient».
«Alors que le reste du monde voyait ces images horribles, nous avons été témoins de quelque chose de très différent, a-t-il expliqué vendredi à Gander. Nous avons été témoins d’une gentillesse extraordinaire, et aujourd’hui encore, 25 ans plus tard, je garde en moi, partout où je vais, cette image d’altruisme, de gentillesse, de chaleur, de générosité, et de cette façon de traiter des étrangers comme des membres de la famille.»
Des cérémonies ont également eu lieu dans tout le pays, du Jardin international de la paix, situé dans une région reculée des Prairies, jusqu’à la capitale fédérale.
Roberto Abril, ancien ambulancier paramédical du service d’incendie de New York, faisait partie des premiers intervenants du 11 septembre présents à une cérémonie commémorative au mémorial de l’Arche de la Paix, à la frontière entre Surrey, en Colombie-Britannique, et Blaine, dans l’État de Washington.
M. Abril, dont le collègue ambulancier est décédé lors de l’attaque, a expliqué qu’il avait désormais assisté à quatre cérémonies à l’Arche de la Paix, et qu’il avait été surpris de voir à quel point les Canadiens et les Américains de la région «nous ont ouvert leur cœur, comme si nous formions une famille».
