D’autres conservateurs sont «extrêmement frustrés» de Poilievre, disent les libéraux

OTTAWA — À un siège d’une majorité, les libéraux de Mark Carney croient que bon nombre de conservateurs sont exaspérés de l’approche de leur chef Pierre Poilievre et pourraient être tentés de traverser la Chambre des communes comme l’a fait un de leurs collègues jeudi.

«Un groupe (d’élus), qui est une minorité dans leur groupe, est extrêmement frustré du leadership de leur parti, extrêmement frustré des petits jeux et de l’obstruction», a déclaré vendredi le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Steven MacKinnon, en marge d’une annonce sur le train à grande vitesse.

Il y a «un groupe important» au sein du caucus qui aime l’action du gouvernement Carney, a-t-il noté au passage.

La veille, au terme de la dernière journée de la session parlementaire, le député qui représente Markham—Unionville, dans la région de Toronto, Michael Ma, a traversé la Chambre pour passer des conservateurs aux libéraux.

Les députés conservateurs se font dire par leurs électeurs qu’ils aiment ce que fait le gouvernement Carney, mais sont forcés de revenir à Ottawa et de lire «40 fois» la même question, a affirmé M. MacKinnon.

Selon lui, cela a pour conséquence de «détruire» leur «âme» et M. Ma est «l’illustration parfaite de ce phénomène» au sein du caucus conservateur.

M. MacKinnon a refusé de «spéculer» s’il croit que les libéraux réussiront à construire une majorité parlementaire en convainquant au moins un autre conservateur.

Michael Ma avait expliqué avoir pris cette décision après avoir écouté «attentivement» les habitants de sa circonscription de l’Ontario ces dernières semaines et réfléchi avec sa famille à l’orientation du pays.

Il s’agissait du deuxième député conservateur élu en avril à passer dans le camp libéral cet automne. Le député de Nouvelle-Écosse Chris d’Entremont a fait le même choix début novembre, le jour où les libéraux ont présenté le budget fédéral.

Le chef conservateur Pierre Poilievre affirme que le premier ministre Mark Carney doit cesser d’essayer de courtiser des transfuges pour se frayer un chemin vers un gouvernement majoritaire que les Canadiens n’ont pas voulu lui accorder lors des élections.

M. Poilievre prévient qu’une majorité «concentrerait la richesse et le pouvoir» entre les mains de M. Carney.

Il ajoute que M. Carney n’a pas le mandat démocratique «d’effectuer des manœuvres» pour obtenir une majorité, et que la volonté du peuple canadien doit être respectée.

Le transfert de M. Ma portait le nombre de sièges des libéraux à 171 et réduisait celui des conservateurs à 142. Le Bloc québécois en conserve 22, le Nouveau Parti démocratique en a sept et le Parti vert en a un.

Ce changement d’allégeance survient moins de deux mois avant que M. Poilievre ne soit soumis à un vote de confiance lors du congrès du parti à Calgary.

Pour le professeur de science politique au campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily, la période des Fêtes en sera une d’anxiété pour les conservateurs.

«Ça le met dans le trouble (Pierre Poilievre) parce que ça va faire en sorte que, durant tout le temps des fêtes et jusqu’au retour de la Chambre des communes, on va se demander du côté des conservateurs chaque matin s’il n’y a pas un nouveau transfuge et cette possibilité-là est réelle», a-t-il dit en entrevue avec La Presse Canadienne.

Le politologue a expliqué que, si un député conservateur ou plus en venait à également traverser la Chambre d’ici au vote de confiance du chef conservateur, cela le conduirait à son congrès en position de faiblesse puise que l’absence d’élections à moyen terme laisserait le temps pour une course au leadership.

Sur les réseaux sociaux, bon nombre de députés conservateurs continuaient vendredi de reprocher à M. Ma son geste, notant qu’il a dansé à leur fête de Noël cette semaine et participé à l’échange de cadeaux.

«Je lui ai donné un Amazon Fire Stick quelques heures seulement avant qu’il ne traverse la Chambre, a écrit le député conservateur de l’Ontario Kurt Holman sur X. Maintenant, je veux récupérer mon cadeau, tout comme les électeurs de Markham—Unionville veulent récupérer leurs votes!»

Pierre Poilievre a pour sa part déclaré la veille que M. Ma devra «rendre des comptes» à ses concitoyens qui l’ont élu pour combattre les politiques libérales. Quelques heures plus tôt, il se disait «très» confiant d’avoir un bon taux d’approbation lors de son vote de confiance.