Certaines municipalités sont aux prises avec des inondations préoccupantes
MONTREAL — La baisse des températures et le beau temps donnent un certain répit à plusieurs municipalités aux prises avec des inondations, mais la situation demeure critique à certains endroits. Le réseau Vigilance rapporte lundi une inondation majeure, huit inondations moyennes et 26 inondations mineures à travers le Québec.
Les municipalités de Fort Coulonge et de Mansfield-et-Pontefract, dans l’Outaouais, semblent être les plus durement affectées.
Dans le cas de Fort Coulonge, où le réseau Vigilance rapporte une inondation majeure, l’état d’urgence a été déclaré dimanche soir, car même si la rivière des Outaouais n’a pas encore envahi le village, celui-ci est très à risque, explique le maire Pierre Cyr.
«On est à peu près à 50 cm du maximum historique de 2019, mais on craint aussi la rivière Coulonges qui est un affluent de rivière des Outaouais et qui a continué à monter légèrement. Donc, on a fermé la rue du Bord de l’eau, a-t-il dit. On a aussi fermé le pont Rouge, qui est le vieux pont historique en bois.»
Les dernières heures sont toutefois plus rassurantes, dit-il. «Pour le moment, il semble y avoir un frein à la hausse. On n’a pas de baisse, mais la rivière semble stable. Les températures froides nous aident à limiter la fonte de neige et l’eau de la fonte de neige a diminué beaucoup depuis deux jours.»
Après les inondations de 2019, 35 maisons ont dû être détruites dans un secteur de Fort Coulonge qui n’est plus habitable aujourd’hui. La municipalité est protégée par la route qui la ceinture, mais si l’eau franchit cette barrière, les résidents n’auront plus d’eau potable et le système de traitement des eaux usées ne sera plus capable d’évacuer celles-ci et de protéger les domiciles des refoulements d’égout.
«On a à peu près un kilomètre de digue de sable de fait. Là, on regarde à faire une autre digue d’à peu près 600 mètres pour que l’eau de la rivière n’inonde pas l’intérieur du village», explique le maire Cyr.
Situation critique
Mansfield-et-Pontefract est dans une situation qu’elle qualifie de critique. Soixante-dix résidences et chalets ont reçu un avis d’évacuation et une trentaine d’autres doivent aussi être avisés à cet effet. Plusieurs propriétés sont isolées par l’eau. Le directeur général de la municipalité, Éric Rochon, signale toutefois que la collaboration n’est pas toujours facile.
«Il y en a qui veulent, il y en qui veulent moins. Présentement on ne sent pas un danger imminent, mais on le recommande fortement, a-t-il dit. Ce n’est pas trop bien accueilli parce que les gens ont une résilience à ça assez bien développée depuis plusieurs années.»
M. Rochon déplore toutefois que les prévisions du réseau Vigilance ne soient pas à point pour sa municipalité et qu’elles sous-estiment les niveaux d’eau.
Résident en kayak
À Ripon, le directeur du service des incendies, Bruno Bédard, a rapporté un incident inusité en entrevue avec La Presse Canadienne. «On a une résidence où on a évacué une personne hier. La personne s’en venait chez elle en kayak, mais là, parce que ce n’était plus évident, on l’a fait quitter. Sinon, les autres maisons actuellement sur le reste du territoire, ça va quand même bien. On a aussi un chemin qui va être partiellement inondé bientôt.»
Le lac Maskinongé ne semble plus aussi menaçant à Saint-Gabriel-de-Brandon, dans Lanaudière, où la directrice générale adjointe de la municipalité, Maxine Fournier, nous a signalé que «le pire semble être passé» et que le niveau est en baisse. Personne n’a été évacué.
Situation des grandes villes
La ville de Québec a publié lundi un communiqué où elle signale qu’en raison de prévisions météo favorables, «une baisse des niveaux est attendue. La situation se stabilise, mais les équipes municipales demeurent mobilisées, notamment aux abords des rivières Saint-Charles, Nelson et Jaune.»
On souligne qu’au cours de la fin de semaine, 45 résidences ont été enclavées, mais qu’aucune évacuation n’a eu lieu. Près d’une dizaine de rues sont toutefois affectées soit par une fermeture complète, soit par une fermeture partielle avec une circulation en alternance.
À Montréal, le niveau des eaux demeure stable ce lundi. Le chemin de l’Anse-à-l’Orme, dans l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, est toujours fermé sur une distance d’environ trois kilomètres.
La mairesse Soraya Martinez Ferrada a ainsi dressé le portrait de la situation: «Les niveaux d’eau sont quand même élevés quand on compare avec d’autres années précédentes. Donc, c’est pour ça qu’on surveille ça de près, mais en même temps on est mieux préparés que dans les années précédentes», a-t-elle expliqué, ajoutant que la Ville se préparait déjà depuis la mi-mars et qu’avec les leçons du passé, elle a pu agir de façon préventive.
La Ville de Montréal n’a toutefois pas eu d’autres choix en soirée que de fermer le pont de l’Île Mercier aux véhicules, dans l’arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève.
«Cette fermeture est en vigueur jusqu’à nouvel ordre en raison des niveaux d’eau élevés de la rivière des Prairies. Montréal invite les citoyennes et citoyens à éviter le secteur et à suivre la signalisation en place», a indiqué la Ville par communiqué, précisant que le pont restait accessible aux piétons.
À Gatineau, la mairesse Maude Marquis-Bissonnette a fait le point lundi en fin d’après-midi, indiquant que trois autres rues seraient fermées et que cela portait donc à 170 le nombre de résidences touchées, bien qu’on n’avait toujours pas donné d’avis d’évacuation.
Mme Marquis-Bissonnette a également annoncé l’ouverture, dès mardi à midi, d’un centre d’aide aux sinistrés. Les personnes touchées pourront s’y enregistrer auprès de la Croix-Rouge. Il sera possible de relocaliser celles qui le souhaitent, mais la mairesse a invité les sinistrés qui veulent rester chez eux à s’enregistrer également.
«Ça permet, pour la Ville, de coordonner les opérations municipales de manière cohérente. Ça permet de faire des appels de bienveillance, donc envers des gens qui sont peut-être isolés dans leur maison sur une rue qui pourrait être couverte par l’eau. Et ça permet aussi aux citoyens d’avoir des informations sur les programmes d’aide, notamment les programmes gouvernementaux.»
Dimanche, la première ministre du Québec, Christine Fréchette, en compagnie du ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, a assuré que la situation était sous contrôle et que les niveaux de précipitation demeuraient «sous les niveaux critiques». Elle a cependant précisé que les régions de Québec, d’Argenteuil, de l’Outaouais et de Lanaudière faisaient l’objet d’une plus grande surveillance.
