ACEUM: l’ambassadeur du Canada aux É.- U. tente de rassurer le milieu des affaires
L’ambassadeur du Canada aux États-Unis s’efforce d’apaiser les tensions autour de l’accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, alors que la date de renouvellement de l’accord commercial nord-américain approche à grands pas.
«Prenez tous de grandes respirations, détendez-vous, tout va bien se passer», a lancé lundi l’ambassadeur Mark Wiseman devant un public composé de membres du milieu des affaires.
M. Wiseman participait à une discussion dirigée par Darryl White, chef de la direction de la Banque de Montréal et membre du conseil consultatif sur les relations canado-américaines, au Canadian Club de Toronto.
Il a entamé sa discussion informelle en tentant d’apaiser les tensions autour de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), dont la période de renouvellement commence le 1er juillet.
M. Wiseman a tenté de replacer cette date dans son contexte.
Le 1er juillet ne marque pas l’expiration de l’ACEUM. C’est le début d’une période de renouvellement, a-t-il expliqué, qui donne aux trois parties l’occasion de régler leurs différends et la possibilité de renouveler l’accord pour une nouvelle période de 16 ans.
L’ACEUM doit expirer en 2036, mais un renouvellement repousserait cette date à 2042. Si les parties ne s’entendent pas sur un renouvellement, l’ACEUM fera l’objet d’un examen annuel renouvelable pendant une période pouvant aller jusqu’à 10 ans.
«Il importe peu que nous réglions ces questions et concluions cette révision le 2 juillet ou en janvier, ou que, franchement, nous ne la concluions jamais, a estimé M. Wiseman. Le scénario de base est que l’accord reste en vigueur jusqu’en 2036.»
Le président américain Donald Trump a ouvertement évoqué la possibilité de se retirer de l’accord qu’il a négocié lors de son premier mandat, mais M. Wiseman a fait remarquer que les États-Unis auraient pu invoquer la disposition de sortie de six mois à tout moment — et pas seulement après le 1er juillet.
Il a également souligné que le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, avait évoqué le souhait que les États-Unis préservent les «piliers» de l’ACEUM, ce qui constitue une autre raison de ne pas céder à la panique quant au sort de l’accord commercial.
La grande majorité des exportations canadiennes vers les États-Unis ont jusqu’à présent été protégées des droits de douane généralisés imposés par Donald Trump, car elles sont conformes à l’ACEUM. Mais l’accord commercial n’a pas exempté l’acier, l’aluminium et les automobiles canadiens des droits de douane élevés imposés en vertu de l’article 232 de la loi américaine sur l’expansion du commerce.
M. Wiseman a déclaré que ces droits de douane «pèsent» sur l’économie canadienne et constituent actuellement la priorité de l’équipe de négociation du Canada à Washington.
Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, a indiqué la semaine dernière qu’il s’attendait à ce que des accords bilatéraux soient négociés avec les États-Unis, «parallèlement» à l’ACEUM. Si ces accords permettent de résoudre les questions en suspens, cela pourrait ouvrir la voie à une extension de l’accord commercial, a-t-il ajouté.
Alors que les négociations commerciales officielles sur l’ACEUM entre Ottawa et Washington n’ont pas encore commencé, les discussions entre les États-Unis et le Mexique ont déjà débuté.
M. LeBlanc a rencontré M. Greer à Washington la semaine dernière et ils devraient se revoir cette semaine en marge du G7 en France.
Interrogé par M. White sur le ton des discussions au sud de la frontière, M. Wiseman a déclaré qu’elles étaient «productives, sérieuses, éclairées et respectueuses». Il a minimisé l’affirmation récurrente de M. Trump selon laquelle les États-Unis n’ont besoin de rien du Canada.
L’ambassadeur a déclaré que si les négociations commerciales sont au centre des préoccupations au Canada, elles suscitent peu d’intérêt aux États-Unis, où la guerre en Iran et d’autres questions nationales sont plus susceptibles de faire la une des journaux.
«Les Américains ne se réveillent pas tous les matins en pensant au Canada. Nous sommes obsédés, à juste titre, par les États-Unis. Eux ne sont pas obsédés par nous», a souligné M. Wiseman.
Quatre mois après son entrée en fonction, l’ambassadeur s’est dit optimiste quant à l’avenir des relations commerciales. Il a reconnu que les différends concernant le bois d’œuvre et les produits laitiers sont devenus des points d’achoppement pour les États-Unis dans les négociations.
Mais M. Wiseman a soutenu qu’il était dans l’intérêt des deux pays de régler ces questions. Les deux nations ont besoin de relations «solides» en matière de commerce et de défense, a-t-il ajouté, et la géographie ne changera pas.
«Nous ne quittons pas le quartier, et eux non plus. Nous ferons donc ce qui est dans notre intérêt et nous trouverons une solution», a déclaré M. Wiseman.
— Rédigé par Craig Lord à Ottawa et Daniel Johnson à Toronto, avec des informations fournies par Kelly Geraldine Malone à Washington
