Le fédéral oublie la forêt privée
ÉCONOMIE. Mark Carney, premier ministre du Canada, annonçait le 5 août des investissements pour relancer l’économie forestière dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis. Deux associations forestières critiquent l’oubli des petits producteurs privés dans les mesures proposées.
Le gouvernement fédéral prévoit débourser 700 M$ en garanties de prêt et 500 M$ en investissements. Dans le premier cas, les scieries et usines de fabrication obtiendraient le financement nécessaire pour maintenir et restructurer leurs activités. La seconde mesure accroîtrait les activités de transformation et de production à valeur ajoutée, dans un meilleur soutien concurrentiel à long terme.
« L’imposition de droits tarifaires diminue la capacité d’achat du bois par les scieries au détriment des producteurs, quand elle ne ferme pas tout bonnement leurs marchés. Pourtant, les producteurs ne bénéficient d’aucun régime de compensation, ni de mécanismes de sécurité sociale adaptés à leur réalité », dit Gaétan Boudreault, président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ).
L’organisation réclame une reconnaissance du rôle stratégique de la forêt privée, dans l’approvisionnement du secteur forestier canadien, ainsi qu’un accès équitable aux mesures d’aide.
« Les producteurs œuvrant en forêt privée sont des victimes collatérales de représailles. Ils sont pris dans un conflit qui ne les concerne pas, sans accès aux soutiens offerts au reste de la filière », martèle M. Boudreault.
Moins pire ici ?
Selon l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce (APBB), la situation est moins dramatique pour les producteurs en Chaudière-Appalaches. « Le bois des producteurs privés est surtout acheté par des petites scieries faisant seulement affaire au Canada. Ce ne sont pas des grosses corporations utilisant beaucoup de bois des forêts publiques, comme en Abitibi et au Lac-Saint-Jean », précise son directeur général, Éric Cliche.
Envers ces grands transformateurs, il prône une diversification des marchés internationaux plutôt qu’une trop grande concentration au Canada. « On ne veut pas non plus que l’État, avec ses forêts publiques, se mette en compétition avec la forêt privée. Nos producteurs n’ont pas les moyens de serrer leurs équipements et doivent continuer à bucher », conclut M. Cliche.
