Craintes pour la faune et nos érables à sucre 

Le projet de loi 97, déposé à l’Assemblée nationale le 23 avril, apporterait des modifications au régime forestier québécois. Des craintes subsistent sur le partage de la forêt publique entre ses différents usagers, au profit de l’industrie forestière.

Cette législation met notamment en place un zonage délimitant le territoire forestier public en trois domaines : les zones d’aménagement forestier prioritaire, multiusages et de conservation. Sous la responsabilité du ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF), des aménagistes forestiers prendraient en compte les réalités locales et régionales.

« La conjoncture économique actuelle, notamment les menaces américaines de tarifs, les droits compensateurs de 14,54 % imposés sur les exportations canadiennes vers les États-Unis, ainsi que les conditions de marché difficiles, fragilisent la vitalité de nos communautés forestières », affirme la ministre du MRNF, Maïté Blanchette Vézina.

Colère dans les zecs

Le Réseau Zec reste sceptique face au projet de loi 97. Ces zones d’exploitation contrôlées, situées sur les terres publiques, sont administrées par des organismes sans but lucratif. En Chaudière-Appalaches, la Zec Jaro de Saint-Théophile compte une superficie forestière de 155 km carrés, 20 plans d’eau et 25 km de ruisseaux. 

« Le gouvernement décerne déjà des droits de coupe, sur notre territoire, où l’on a actuellement un droit de parole. Cette loi ratisse très large et nous n’avons pas été consultés. On y voit peu de contraintes pour aménager harmonieusement les coupes en respect de la faune », déplore son directeur général, Gilles Paquet.

Cette préoccupation est partagée par Guillaume Ouellet, président de la Fédération québécoise des gestionnaires de zecs (FQGZ). « Les revenus générés par la chasse, la pêche et le récréotourisme sont entièrement réinvestis dans notre mission. Le projet de loi ne reconnaît ni cette valeur actuelle ni son potentiel de développement. […] Notre crainte est que la perception que la faune soit une contrainte à l’aménagement [forestier] se perpétue », dit ce dernier.

Éviter le déséquilibre

Afin d’éviter un déséquilibre au détriment de l’acériculture sur les terres publiques, les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ) demandent trois garanties. Pour l’organisme, les nouvelles zones prioritaires permettront la production acéricole et la protection des érablières. 

Les mécanismes de consultation et de conciliation favoriseront la participation des usagers concernés dans l’identification des territoires soumis pour l’établissement des zones, mais aussi dans la gestion des autres zones créées par le projet de loi. La responsabilité des travaux forestiers et leur planification seraient entre les mains des acériculteurs œuvrant en forêt publique, dans le respect du potentiel acéricole.

« Le temps où c’est l’industrie forestière d’abord et les autres usagers ensuite doit être révolu. Le gouvernement doit le comprendre et travailler en collaboration avec les partenaires afin que la forêt publique joue pleinement son rôle, c’est-à-dire offrir le maximum de retombées économiques, sociales et environnementales pour les Québécois. Et cela passe par la production de sirop d’érable », rappelle Luc Goulet, président des PPAQ et producteur dans Bellechasse.