Élections: les agriculteurs rencontrent les candidats

Élections: les agriculteurs rencontrent les candidats

Crédit photo : François Gamache

Plutôt que d’attendre que l’agriculture fasse partie du débat politique, les Syndicats de l’UPA de Robert-Cliche et de La Nouvelle-Beauce ont  pris les devants en invitant tour à tour quatre candidats aux élections provinciales. Les rencontres, tenues le mercredi 5 septembre dernier au LAB de Vallée-Jonction, ont permis aux membres de l’UPA de questionner, voire même sensibiliser les aspirants députés à propos des enjeux agricoles de la région.

Ont accepté l’invitation Myriam Taschereau du Parti libéral du Québec (PLQ), Daniel Perron du Parti québécois (PQ), Luc Provençal de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et Mathieu Dumont, porte-parole régional pour Québec Solidaire (QS). Pendant 45 minutes chacun, les candidats ont eu la chance de s’exprimer à propos de quatre grandes questions. Voici leurs réponses.

Réforme de la taxation foncière agricole

Si rien ne change au mode d’évaluation foncière actuel, les taxes nettes du secteur agricole pourraient encore doubler et atteindre entre 10 et 25 % du revenu net des producteurs. Aux dires de Myriam Taschereau, le gouvernement a déjà investi d’importantes sommes pour aider les producteurs et entend bien continuer à le faire.

Au Parti québécois, une subvention gouvernementale sur le compte de taxes pourrait être envisageable. « On va prendre des notes. Si vous avez des solutions, on est là pour vous écouter », a prononcé Daniel Perron.

Pendant ce temps, Luc Provençal propose un « cran d’arrêt » qui limiterait les hausses, et ce, même si les valeurs foncières augmentent. Un crédit de taxes pourrait aussi s’ajouter au calcul.

De son côté, Québec Solidaire considère qu’il faut taxer différemment les producteurs et les propriétaires qui font de la spéculation foncière. M. Dumont aimerait également que la terre soit considérée comme un outil de travail. La stratégie permettrait aux agriculteurs d’obtenir d’importantes déductions.

Protection du territoire agricole

Bon an mal an, 85 % des dossiers présentés à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) sont acceptés dans les deux MRC de Beauce-Nord, alors que le Règlement sur les exploitations agricoles (REA) ne permet pas la mise en culture de nouvelles terres.

Afin de renverser la vapeur, la candidate libérale s’est dite parfaitement consciente que la loi sur la protection du territoire agricole est désuète. « Elle est “passée date”, la loi. Je veux travailler avec vous autres pour qu’elle soit plus pertinente maintenant », dit-elle, sans oublier que les municipalités qui espèrent développer de nouveaux quartiers résidentiels (par exemple) ont aussi des obligations.

Daniel Perron a pour sa part soulevé sa surprise devant la statistique. Il devine que la CPTAQ peine à limiter l’étalement urbain dans les grands centres tel que Montréal, mais que la situation est aussi inquiétante dans notre région.

Le candidat caquiste a lui aussi été étonné de ces 85 % de demandes acceptées. Il souhaiterait ainsi davantage de flexibilité de la part du Règlement sur les exploitations agricoles, avant de faire un inventaire des terres en friche du territoire et de les revaloriser.

Quant à Mathieu Dumont, autre surpris de la situation, il indique qu’il ne faudrait pas enlever du territoire agricole sans le remplacer. Il croit aussi que la réponse passe par l’utilisation des terres en friche.

Environnement

La Loi sur la conservation des milieux humides et hydriques et l’interdiction d’augmenter les superficies en culture en raison du Règlement sur les exploitations agricoles sont un frein au développement des entreprises agricoles. Prenant bonne note de l’inquiétude des producteurs, Myriam Taschereau est d’avis que les règles se doivent d’être assouplies afin de ne pas nuire au développement des régions.

Revoir le Règlement sur les exploitations agricoles est aussi nécessaire aux yeux du PQ, qui a ajouté que le déboisement permettrait aux agriculteurs de reprendre un peu des terres perdues.

M. Provençal juge qu’il faudrait carrément revoir la notion de milieu humide afin qu’elle ne vienne pas mettre des bâtons dans les roues de l’industrie. Également, les compensations demandées sont exagérées selon lui. « On vous met une paire de menottes, et si on vous met une paire de menottes, on se met à nous-mêmes une paire de menottes », a-t-il commenté, conscient du rôle déterminant des producteurs dans l’économie du Québec.

Chez QS, on n’est pas contre les compensations pour les pertes de milieux humides, mais il est surtout important de tout mettre en œuvre afin que la province puisse produire chez elle ce qui se trouve dans l’assiette des Québécois.

Développement et investissements de l’État

L’industrie porcine esclave du marché américain, ou encore l’industrie bovine qui peine à être compétitive, sont tous des irritants qui montrent que les producteurs tiennent à bout de bras leur entreprise respective. De plus, pour le bois, avec la disparition du marché du 4 pieds, un important volume de bois reste sans preneur; un soutien du gouvernement en recherche et développement pouvant faciliter la création d’une usine de nouvelle génération serait bienvenu en Beauce.

« En mode solution », le PLQ pointe du doigt la répartition des richesses et estime que les transformateurs devraient se montrer moins gourmands. Le manque de relève est également un problème criant selon la candidate.

Daniel Perron ne voit pas pourquoi le PQ ne serait pas favorable à des initiatives régionales. Il croit aussi que les producteurs devraient avoir une plus grande part des profits.

Pour la CAQ, éviter l’endettement des producteurs est primordial. Il en va de la pérennité du marché. Qui plus est, il croit qu’être autant victime des fluctuations (et devoir en supporter les coûts) est illogique.

Enfin, Mathieu Dumont souhaite mettre la technologie au service des agriculteurs, soutenir le marché agricole autant que les entreprises d’autres secteurs, et même développer un modèle de transformation et de mise en marché coopératif. « Le producteur ne fait pas plus de profits, mais le prix de la viande augmente… Il faut que la personne qui crée ait la part du lion. »

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