Villa Sainte-Marie: étouffée par le poids des réglementations
SAINTE-MARIE. Dans les trois dernières années, Marie-France Canuel, directrice générale de la Villa Sainte-Marie, a tout mis en œuvre pour maintenir ouverte sa résidence pour aînés autonomes et semi-autonomes. Vaincue, elle a finalement été contrainte de mettre la clé sous la porte le 31 janvier dernier.
Tout a débuté avec une visite de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) en 2021, qui s’est terminée avec une liste de huit points à corriger. Alors en pleine pandémie, personne ne pouvait réaliser les travaux exigés dans les 90 jours accordés. (Amende: 17 000 $) « Il n’y avait aucune flexibilité pour nous aider… », a-t-elle commenté.
De plus, certaines consignes (telle que cloisonner un escalier) auraient littéralement bloqué deux appartements, tandis que les portes à fermeture automatique demandées étaient trop lourdes et difficiles à ouvrir pour les personnes âgées, en plus de les tenir enfermés dans leur chambre.
« J’étais à veille de les emballer dans du papier bulle pour être sûr qu’il ne leur arrive rien. Ce ne sont plus des milieux de vie, ce sont des prisons. Même dans les hôpitaux, ce n’est pas aussi sévère que ça », a-t-elle soufflé.
À la fin, Mme Canuel aurait eu 23 éléments à corriger d’ici le 8 février, sans subvention. (Coûts: plus de 600 000 $). Conséquemment, elle avait annoncé en décembre 2025 à sa dizaine d’employés qu’elle devait fermer en août 2026. Mais, puisque ceux-ci avaient déjà commencé à déserter l’endroit, la résidence tombait en bris de service. Le centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) s’est donc présenté sur place le mardi 27 janvier dernier pour annoncer aux derniers résidents sur place qu’ils devaient quitter au plus tard vendredi.
« Sortir des personnes âgées en plein hiver, en trois jours, alors qu’il n’y a plus de place dans les autres résidences de personnes âgées de Sainte-Marie. Ils sont dans les règlements. Il n’y a aucun gros bon sens, et pas d’humanité. […] Ça serait important d’assouplir les règles et de faire du cas par cas. On ne gère pas une petite résidence de 17 résidents comme on en gère une grosse de 300 résidents! », a-t-elle indiqué.
Ajoutant l’insulte à l’injure, Santé Québec a ensuite tapé sur les doigts de la propriétaire parce qu’elle ne respectait pas le délai de neuf mois d’avis réglementaire pour le CISSS et le 6 mois d’avis pour la Régie du logement. En conséquence, elle risque une amende d’au moins 7500 $.
« Malheureusement, des miracles, je n’en fais pas! Il y a 1100 résidences qui ont fermé au Québec depuis 3 ans. C’est rendu tellement exigeant que les gens vendent parce qu’ils ne sont plus capables. […] C’est triste. Je ne suis pas la seule et il va y en avoir d’autres. Ils sont en train de fermer toutes les petites résidences de village et de déraciner les aînés de leur milieu de vie. Le gouvernement devrait aider les petites RPA plutôt que de serrer la vis. »
Ainsi, le bâtiment de 1927 sera démoli par le nouveau propriétaire. Or, Mme Canuel, en place depuis 2013, a toujours une hypothèque à rembourser, a des salaires à payer, et a été contrainte de vendre la bâtisse en dessous de l’évaluation municipale.
« J’ai dû la vendre moins cher que je l’ai acheté en 2013. J’ai perdu mon fonds de pension… À 57 ans, ce n’est pas évident de se retrouver avec plus rien », a-t-elle lancé.
