Une usine de biochar pour bientôt ?
FORÊT. Un premier projet d’usine de biochar en Chaudière-Appalaches est actuellement à l’étude et vise sommairement à permettre de nouveaux débouchés pour l’industrie forestière et offrir aux agriculteurs de meilleurs rendements, tout en utilisant moins d’engrais chimiques.
Le biochar est un matériau produit par pyrolyse de biomasse forestière résiduelle permettant la séquestration stable du carbone sur le long terme. Il est issu d’une technique appelée pyrolyse qui vise à chauffer la matière à très haute température. « On vient produire une matière qui deviendra une petite éponge et qui servira principalement, en agriculture, à capter l’eau, les nutriments ainsi que le carbone de façon durable. En l’introduisant dans le sol, ça devient une réserve importante pour les récoltes, puisque ça influence les rendements », explique le responsable du projet, Paul Busque.
L’idée a émergé en 2023 avec le lancement d’une étude de préfaisabilité visant à confirmer le potentiel de la chose. La démarche implique trois régions du Québec, soit le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Gaspésie et Chaudière-Appalaches, via l’Alliance Biochar.
« Nous avons identifié tous les gisements forestiers, géolocalisé les volumes et l’essence, etc. Contrairement aux associations, nous l’avons fait par MRC. Nous avons un portrait très à jour », confie l’ancien député de Beauce-Sud, voyant dans l’initiative la possibilité de revaloriser le bois sans preneurs qui était destiné au marché des pâtes et papiers.
Même si l’idée remonte à trois ans maintenant, Paul Busque indique que le projet a lentement continué à évoluer et que son potentiel est maintenant acquis, même s’il n’y a pas eu de développement significatif de la filière, au cours des dernières années.
« Nous sommes en train de battre la voie à suivre. Curieusement, même si au Québec et au Canada, nous avons un potentiel énorme et que nous entendons depuis longtemps dire que nous devrions être moins dépendants des Américains, il ne s’est pas passé grand-chose dans les vingt dernières années. Ce sont toujours les mêmes productions », remarque-t-il.
Un énorme potentiel
Busque rappelle qu’en contrepartie, la forêt a perdu énormément avec la fin de la « pitoune » en 2010. « Nous sommes dans la même production. Il y avait, avant, une maximisation de la récupération du bois, ce qui n’est plus le cas et nous n’avons rien trouvé comme alternative. »
Il estime d’ailleurs que le biochar a des propriétés qu’aucun autre fertilisant ne peut offrir. « C’est mieux qu’un engrais. Quand on l’applique, l’engrais se lessive avec les orages et s’en va dans les cours d’eau et les rivières. Le biochar, lui, demeure dans le sol et offre aussi des possibilités de captage du carbone. On coche toutes les cases environnementales et on revalorise la ressource forestière », assure-t-il.
Cet élément est important, selon lui, indiquant que la région Chaudière-Appalaches est celle qui compte le plus de producteurs forestiers privés. « C’est porteur pour toute la région, car on vient supporter la forêt et l’agriculture. »
C’est ainsi que l’Alliance cherche maintenant à implanter et développer la filière. Il ajoute que l’innovation, avec de nouveaux équipements, fait aussi partie du plan de match. « On ne veut pas de grosses affaires, de gros projets. Si on réussit ce que nous sommes en train de faire, il est certain que nous aurons plus d’une usine de biochar dans la région. On veut développer de nouveaux produits, mais aussi de nouveaux marchés et cette démarche est déjà en cours. »
Busque avoue que le scrutin provincial d’octobre fait partie de la stratégie, alors que la forêt fera partie de plusieurs revendications. « L’idée vise à partager des informations et des ressources, mais aussi à initier une démarche à l’aube d’une campagne électorale qui débutera bientôt », résume-t-il.
Une demande de financement a déjà été déposée auprès du gouvernement du Canada, via le programme Investissements dans la transformation de l’industrie forestière (ITIF). Une demande sera aussi déposée auprès du gouvernement du Québec via le Programme Innovation Bois (PIB).
Une douzaine de projets-pilotes sont prévus en Chaudière-Appalaches. L’investissement initial de 25 M$ doit permettre l’a construction et la mise en production d’une usine d’ici la fin de 2028. Il assure qu’aucun endroit n’a encore été ciblé pour ériger une première usine.
« On devra acheter un terrain, des équipements, on devra se préparer. Nous sommes confiants que cela va fonctionner et que l’on innove pour une économie durable. C’est en lien avec les orientations gouvernementales de transition énergétique et d’autonomie alimentaire, l’environnement. Encore une fois, on coche toutes les cases », assure-t-il, illustrant sa confiance pour la suite des choses.
