Première vague de la pandémie : décès évitables dans les milieux de vie pour aînés  

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Par Frederic Desjardins
Première vague de la pandémie : décès évitables dans les milieux de vie pour aînés  
Le manque d’employés, en milieu d’hébergement, a entraîné des conséquences sur la qualité des soins et services aux aînés. (Photo : Depositphotos)

Johanne Castonguay, commissaire à la santé et au bien-être du Québec (CSBE), a présenté un rapport accablant le 19 janvier sur la gestion de la première vague de la pandémie. Plus de 5 700 décès sont survenus dans la province entre février et juillet 2020, dont 85 % dans les CHSLD, résidences privées pour aînés et ressources intermédiaires et de type familial (RI-RTF).

Pour le Réseau FADOQ, qui défend les droits des aînés, il s’agit d’un échec collectif sans précédent. Selon Michel Beaumont, directeur général de l’organisme du secteur Québec/Chaudière-Appalaches, la faute en revient principalement aux gouvernements successifs qui négligeaient constamment les soins et services aux aînés.

« Ça fait plus de 20 ans qu’on répète la même chose. Il y a un problème de ratio entre le nombre de patients et les employés disponibles. Nos élus n’ont pas valorisé les emplois liés à l’accompagnement aux aînés. Les travailleurs font leur possible dans des conditions inacceptables pour assurer le bien-être et la protection de tous », affirme M. Beaumont.

Bâtisseurs du Québec

Le rapport de la CSBE expose plusieurs lacunes sur les services aux aînés au moment d’entrer en pandémie. Les ressources financières, l’encadrement du personnel, le déficit d’expertise en prévention et contrôle des infections, ainsi que les carences dans l’organisation des soins médicaux en milieu de vie, représentent seulement une partie des problèmes actuels.

« Ces gens-là ont été les bâtisseurs du Québec. On voit beaucoup trop d’âgisme à leur égard, comme si les aînés n’étaient plus utiles », dénonce Michel Beaumont.

Michel Beaumont, directeur général de la FADOQ, secteur Québec/Chaudière-Appalaches

Johanne Castonguay mentionne justement que les services aux aînés ne sont pas prioritaires dans la gouvernance du système de soins et de services sociaux. Selon elle, le leadership est insuffisant pour apporter une « lentille-aînés » dans la prise de décision gouvernementale.

« Il faut notamment favoriser l’accès aux soins à domicile. Ça coûte moins cher au gouvernement que d’envoyer des aînés en CHSLD, où les risques de tomber malade sont plus grands. La politique nationale pour les proches aidants (octobre 2021) est une bonne chose. Le fait de les retirer des milieux de vie, durant la première vague, était une mauvaise décision », indique M. Beaumont.

La FADOQ suivra de près l’application des mesures du rapport, l’organisme ayant lui-même émis cinq recommandations (voir boîte infos). « On espère que la population nous suivra à s’intéresser aux sorts de nos aînés », dit Michel Beaumont.

Recommandations du Réseau FADOQ

Rehausser les ratios professionnels en soins/patients

Décloisonner les professions du domaine de la santé

Tendre vers l’élimination de l’utilisation des agences de placement

Cesser l’approche hospitalo-centrée, notamment en accordant une priorité aux soins à domicile

Prendre en considération les aînés à tous les points de vue et travailler à l’élimination de l’âgisme

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