Postes Canada : voter dans un climat de travail incertain
TRAVAIL. Depuis le 20 avril et jusqu’au 30 mai, les 55 000 membres canadiens du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) votent sur la ratification de nouvelles conventions collectives. La section Québec/Chaudière-Appalaches, qui compte 1300 membres, se prononce dans un contexte d’opposition à l’abandon des livraisons à domicile et la fermeture annoncée de bureaux de poste.
Ces conventions rétroactives, d’une durée de cinq ans, seraient valides jusqu’au 31 janvier 2029. Les facteurs urbains et ruraux, globalement, obtiennent les mêmes conditions. Cela inclut notamment des hausses salariales de 6,5 % et de 3 % à la première et deuxième année du contrat. Les trois années suivantes contiennent des augmentations annuelles liées à l’inflation.
« Nous faisons des gains dans les avantages sociaux, y compris les congés et nos assurances. L’employeur ne touche pas à notre régime de retraite à prestations déterminées. Dans le contexte actuel, on va recommander aux membres d’accepter ces contrats pour maintenir notre sécurité d’emploi », dit Stéphane Genest, président de la section Québec/Chaudière-Appalaches du STTP.
Les négociations, étalées sur deux ans, ont été parsemées d’embûches. La première grève nationale, en novembre et décembre 2024, s’était soldée par un retour forcé au travail par le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI). Une seconde grève nationale, en septembre dernier, des grèves tournantes et le refus des heures supplémentaires modifiaient aussi les habitudes des consommateurs.
Un service essentiel
Quatre jours avant ce grand vote pancanadien, le jeudi 16 avril, Postes Canada annonçait la fin graduelle des livraisons à domicile. D’ici cinq ans, tous les citoyens recevront leur courrier dans des boîtes postales communautaires. Dans un souci de rentabilité, la société d’État entend mettre la hache dans de nombreux bureaux de poste, privilégiant l’attrition via les départs à la retraite.
« Ça devait faire partie des discussions [du renouvellement des conventions collectives]. Depuis dix ans, nous proposons des solutions pour rentabiliser Postes Canada. Le gouvernement fait la sourde oreille », dénonce M. Genest, citant les services bancaires et le service de vigilance auprès des aînés.
Le STTP vient de lancer la campagne Ne touchez pas à mon bureau de poste. Les gens peuvent télécharger et imprimer des affiches s’opposant à ces mesures. Le syndicat invite la population à rencontrer leurs élus municipaux et fédéraux afin d’exposer leurs craintes.
Pour Stéphane Genest, dans un grand territoire comme Chaudière-Appalaches, Postes Canada ne peut pas supprimer la livraison à domicile, encore moins fermer des bureaux de poste, sans nuire au service citoyen.
« Postes Canada n’a même pas consulté les citoyens pour connaître leurs besoins. Pourtant, cette société d’État appartient à toute la population. Ça représenterait d’autres pertes dans nos villages, semblable à ce qu’on voit chez Desjardins [fermeture des caisses] », conclut-il.
