La santé mentale des jeunes préoccupe

Pendant que l’organisme Tel-Jeunes observe que les problèmes de santé mentale n’ont jamais été aussi grands chez les adolescents de la province, les jeunes Québécois sont plus nombreux à vivre de l’anxiété et les demandes d’aide sont plus nombreuses.

Près d’une fille de 15 à 19 ans sur dix dit avoir eu des idées suicidaires sérieuses au cours des 12 derniers mois, affirme l’organisation. En Chaudière-Appalaches, 22 jeunes âgés de 12 à 17 ans sont hospitalisés en moyenne chaque année à la suite d’une tentative de suicide, précise Santé-Québec Chaudière-Appalaches.

Dans un rapport publié il y a quelques semaines, Tel-Jeunes recense une intensification de la détresse depuis quelques années, notamment une diminution de la proportion de jeunes présentant une santé mentale florissante, ainsi qu’une augmentation des diagnostics d’anxiété.

En Chaudière-Appalaches, les données suivent généralement les tendances observées à l’échelle du Québec pour la majorité des indicateurs de santé mentale chez les jeunes.

Les données sur les hospitalisations à la suite d’une tentative de suicide témoignent également d’une situation préoccupante. Ces hospitalisations sont plus fréquentes chez les filles que chez les garçons.

De façon plus générale, les filles sont davantage touchées que les garçons par plusieurs enjeux de santé mentale. Elles présentent notamment des niveaux plus élevés de détresse psychologique, davantage de symptômes d’anxiété ainsi qu’une plus grande prévalence des diagnostics d’anxiété, de dépression et de troubles des conduites alimentaires.

Des chiffres évocateurs

Bien que le taux observé chez les adolescentes de la région demeure inférieur à celui du Québec, une augmentation a été constatée au fil du temps, passant de deux hospitalisations pour 10 000 jeunes entre 2008 et 2011 à 13 pour 10 000 entre 2020 et 2022. Chez les garçons, le taux est demeuré relativement stable pendant cette période.

À titre comparatif, le bilan des jeunes (usagers distincts) ayant reçu des services spécifiques et spécialisés en santé mentale, dans les deux dernières années, est passé de 1 794 en 2024-2025 à 1 898 en 2025-2026. Le nombre de jeunes en suivis pédopsychiatrique est passé de 752 à 832 pour la même période.

Certaines données relatives à la santé des jeunes dans la région sont particulièrement alarmantes. Selon un sondage réalisé l’an dernier pour le compte de diverses ressources de la région, 45 % des jeunes filles dans les écoles secondaires de Chaudière-Appalaches disent souffrir d’anxiété généralisée.

Au Centre de services scolaire de la Beauce-Etchemins, la directrice générale par intérim, Karina Roy, et le directeur des services éducatifs, Stéphane Boulanger, sont à même d’observer la situation dans les écoles de la région. « Nous avons fait l’étude Compass, au cours des dernières années, et on la remarque dans cette anxiété, principalement chez les filles. Nos services psychosociaux sont déployés dans les écoles pour observer la chose et intervenir », précise M. Boulanger qui indique aussi que le personnel est toujours soucieux de la santé et du bien-être des élèves. Il ne se dit cependant nullement surpris de ces données.

Mme Roy tient à ajouter que l’école ne souhaite pas être dans une approche thérapeutique, mais constructive. « Nous avons à les aider à développer des outils pour y faire face. Il faut que les jeunes se dégagent des stratégies pour s’aider et aller mieux », ajoute-t-elle.

Prioriser les enfants

Dans leur plus récent bilan, les directrices de la protection de la jeunesse de Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches disaient souhaiter voir les enfants devenir une priorité dans les choix de société, particulièrement en raison de la santé mentale des jeunes devenue fragile, surtout depuis la pandémie. 

Santé-Québec Chaudière-Appalaches se dit bien au fait de la situation, observant qu’uniquement à l’Aire ouverte de Saint-Georges en 2024-2025, 1 226 interventions ont été réalisées, 564 usagers ayant reçu des services. En 2025-2026, le nombre s’élève à 749 usagers pour 1 907 interventions.

Chez Action Jeunesse Côte-Sud, on observe aussi le phénomène qui entraine d’autres effets négatifs, relate la directrice générale, Majorie Asselin. « On commence à s’inquiéter, car la consommation de cannabis est maintenant plus élevée chez les filles que chez les garçons et c’est relié à tout ce qui touche la gestion de l’anxiété. Les jeunes ont accès à ces substances, même s’ils n’ont pas l’âge légal, mais celles-ci ne sont pas toujours contrôlées. C’est le marché noir surtout », résume-t-elle.

Directrice générale de la Barre du Jour, organisme spécialisé en santé mentale dans Bellechasse, Karlyn Perron souligne que le financement accordé aux initiatives sur le terrain est loin d’être à la hauteur.

« Ça commence à être grave. J’ai sensibilisé des décideurs afin d’avoir un financement pour aller chercher les jeunes. Certains groupes-parents ont un volet jeunesse, mais c’est difficile à saisir. Il faut une alternative pour que les jeunes puissent prendre soin d’eux. Il n’y a pas de place pour recevoir des alternatives ou pour en parler, une fois qu’ils ou elles ont reçu des soins », illustre-t-elle.

Pour Majorie Asselin, la génération Covid doit encore composer avec les impacts de la crise sanitaire du début de la décennie. Elle se demande si les nombreuses mesures de l’époque n’ont pas encore des effets chez certaines personnes. « Nos jeunes ont vécu les masques, les couvre-feux, ne touche pas à rien, soit à minimum deux mètres et le reste. Ils ont grandi là-dedans. Est-ce que l’on vit des retombées néfastes de ce que les jeunes ont vécu ? Possible », soulève-t-elle en déplorant que la société développe une image négative de la jeunesse d’aujourd’hui.

« Aux nouvelles, tu ne vois que des jeunes qui se battent à l’école, les gangs de rue et le reste. Nous accompagnons des jeunes ayant des travaux bénévoles à faire à la suite de gestes qu’ils ont commis. Nous avons de la difficulté à trouver des organismes prêts à les recevoir, souvent parce qu’ils ne veulent pas de problème. Ce n’est pas parce que le jeune ne veut pas se conformer, mais la communauté ne veut pas les accueillir » affirme-t-elle. 

L’éternel financement

Karlyn Perron déplore que certaines initiatives prometteuses aient été rejetées, faute de financement, dans le passé. Elle indique qu’un projet en ce sens avait été mijoté par certaines ressources alternatives en santé mentale, mais que le projet n’a pas été retenu par Santé-Québec Chaudière-Appalaches.

« On se penche là-dessus depuis trois ans. On souhaitait implanter quelque chose qui nous permettrait d’aller rejoindre les jeunes directement dans leur milieu, dans les écoles. Nous avions beaucoup d’appuis dans les écoles et même l’organisme Portage était de ceux-là. Quand nous avions présenté le projet, tous nous disaient oui, oui, oui, venez-vous-en, c’est la débandade dans nos écoles », raconte-t-elle. Les sommes ont finalement servi à d’autres initiatives en parallèle.

Elle n’écarte pas, elle non plus, de mauvaises habitudes prises pendant la pandémie et l’effet des réseaux sociaux comme causes potentielles du phénomène. « Nous n’avons plus d’endroits où socialiser. C’est ce qui manque. Un endroit où on puisse en parler et où les jeunes pourraient en parler entre eux. »

En résumé, la sortie de l’organisme Tel-Jeunes ne surprend personne. Tous les intervenants interrogés ont, somme toute, la même lecture. « C’est une information qui vient confirmer ce que l’on voit », résume Majorie Asselin.