À l’image d’Éric Girard selon Sylvain Gilbert
ÉCONOMIE. Le ministre des Finances, Éric Girard, a été fidèle à lui-même de l’avis de l’associé en fiscalité chez Raymond Chabot Grant Thornton, Sylvain Gilbert.
Ce dernier a qualifié le huitième budget Girard de très conservateur. « Le ministre Girard a été fidèle à lui-même. Il n’a pas essayé de faire plaisir à tout le monde en mettant de petites dépenses à gauche et à droite, pour que les gens aient une opinion plus favorable de la Coalition Avenir Québec qu’actuellement », lance-t-il d’entrée de jeu.
Gilbert donne en exemple le fait que le déficit prévu l’an dernier, qui était de 12,5 G$, sera plutôt de 9,9 G$. « Cela démontre à quel point il est conservateur et que nous sommes dans l’austérité », ajoute-t-il.
L’atteinte de l’équilibre budgétaire demeure fixée pour l’exercice 2029-2030. « Dans cet exercice, il y a une ligne qui s’appelle 2 G$ à trouver. M. Girard avait fait la même chose l’an dernier. [Le manque à gagner] pourrait venir de la croissance économique, de l’inflation ou du Fonds des générations […] bien que le Fonds ne devrait pas servir à cette fin. […] C’est assez particulier comme façon de faire un budget, mais il a la marge de manœuvre pour être capable d’agir », poursuit-il.
Le fiscaliste, qui est originaire de Saint-Joseph, note certains éléments qu’il juge optimistes. « M. Girard a prévu une croissance des dépenses en santé de 4,1 % et de 2,4 % en éducation. Ça ne battra probablement pas l’inflation. Pour atteindre des croissances de ce niveau, il faudra des coupures dans ces secteurs, qui sont en manque cruel d’investissements. Ce sera difficile de conjuguer les deux », estime le Beauceron.
Incertitude économique
De plus, celui-ci note une somme de 8 G$ sur cinq ans qui doit servir à parer des éventualités, dont 2 G$ en 2026-2027. « Cela donne au ministre une marge de manœuvre, si jamais les dépenses s’avèrent plus élevées que ce qui était prévu », commente-t-il.
En tenant compte de ce montant, le budget comporte 4,5 G$ pour faire face aux imprévus lorsque l’on y additionne les 2,3 G$ prévus au Fonds des générations, et les 250 M$ réservés pour permettre à Bernard Drainville ou Christine Fréchette de mettre sa couleur sur le budget.
Les renégociations entourant l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) auront assurément un grand impact sur la croissance économique du Québec. « Quand les gens sont incertains, ils dépensent moins et ont tendance à faire des réserves. Cela peut avoir un impact à la baisse sur l’entrée d’argent au gouvernement. Sur le terrain, on constate que la facture [des tarifs douaniers américains] a été refilée en grande partie aux Américains dans certains secteurs, comme celui du bois », explique-t-il.
Minéraux critiques
Sylvain Gilbert voit d’un bon œil la création du Fonds pour les minéraux critiques et stratégiques, dont l’enveloppe budgétaire prévue s’élève à 1 G$. « Le gouvernement veut devenir le chef de file dans la production et la transformation de minéraux critiques. […] Le but est de les extraire et de les faire transformer au Canada. Northvolt n’a pas eu le succès escompté, mais techniquement, c’est ce genre d’entreprises qui est souhaité », poursuit-il, précisant qu’il s’agit d’une bonne stratégie.
Une autre somme de 1 G$ sera dédiée à soutenir la croissance des entreprises québécoises. « Il servira à ce que les entreprises de secteurs porteurs pour le Québec, comme l’aérospatial, la défense, les télécommunications et l’informatique quantique, conservent les sièges sociaux aux Québec. Ce sont des secteurs importants pour le gouvernement et ils ont tous besoin de minéraux critiques », conclut-il.
