Bois de quatre pieds : la fin d’une époque en Beauce-Etchemins

Bois de quatre pieds : la fin d’une époque en Beauce-Etchemins

Yvon Veilleux et Léopold Giroux de l’APBB, accompagnés des frères Jacques et André Drouin de Saints-Anges, transporteurs bien connus en Beauce, ont pris part au dernier chargement de bois de quatre pieds en Beauce-Etchemins.

Crédit photo : LaVoix du Sud - Serge Lamontagne

FORÊT.   > Une page d’histoire se tourne pour les propriétaires de boisés de la région, avec la fin du marché du bois de 4 pieds de sapin-épinette.

L’Association des propriétaires de boisés de la Beauce (APBB), qui dessert les propriétaires de boisés œuvrant dans six MRC, a souligné le tout en conviant la presse régionale au chargement symbolique du dernier voyage de pitoune de quatre pieds qui a, par la suite, pris la route de l’usine Kruger Wayagamack de Trois-Rivières.

Lors de cette cérémonie qui avait lieu sur une terre boisée de Saint-Odilon, le directeur des communications de l’APBB, Michel Roy, a rappelé que cela faisait plus de 100 ans que la production de bois de quatre était dédiée aux papetières. Kruger, qui était la dernière usine de pâte à papier qui achetait encore du bois rond, cessera d’utiliser cette matière en 2019 et produira la pâte à papier essentiellement à partir de copeaux de bois.

«C’est la fin d’une période faste pour nos producteurs, mais ça ne veut pas dire que la production de bois est terminée», poursuit M. Roy qui mentionne que depuis deux ans, les propriétaires de boisés se sont tournés vers le bois de sciage pour lequel la demande ne cesse de s’accroître.

«Les propriétaires qui tiennent à conserver le plus d’autonomie possible dans la gestion et l’exploitation de leurs lots boisés se sont convertis et ont acheté des équipements leur permettant de gérer de plus grandes longueurs», ajoute-t-il en précisant que cette situation a entraîné une plus grande mécanisation de la production.

Des effets

En plus d’obliger les propriétaires à mieux s’équiper pour la manutention des billots, cette transition fait en sorte que les producteurs ne pourront plus «nettoyer leur terrain comme auparavant», après avoir coupé leurs arbres, car les habitudes de récupération de la fibre sont appelées à changer.

Membre du conseil d’administration de l’APBB et propriétaire de boisé, Léopold Giroux souligne que cette adaptation du marché traditionnel de la pitoune vers les billots a entraîné, chez lui, des pertes de l’ordre de huit pour cent sur le volume de bois produit.

«Ce qui n’était pas beau pour le billot pouvait servir pour le quatre pieds. Maintenant, c’est une perte et on ne peut pas le mettre en bois de chauffage ou ailleurs. Si on peut récupérer un peu de branches de sapin, l’arbre qui n’est pas droit pour faire des billots est considéré comme une perte et on doit le laisser dans le bois», déplore-t-il.

Technicien forestier responsable de la mise en marché au sein de l’APBB, Yvon Veilleux rappelle que le bois à pâte (pitoune) a servi de motivation pour les propriétaires dans l’établissement du plan conjoint, en leur permettant d’aller chercher des pouvoirs de négociation avec les papetières.

Quelques statistiques

Selon des données de l’APBB, près de 205 000 mètres cubes apparents de 4 pieds, soit l’équivalent de 56 000 cordes de quatre pieds, étaient livrés chez les différents acheteurs de ce produit en 2005. En 2018, les livraisons de ce produit atteindront à peine 45 mètres cubes apparents, soit environ 12 000 cordes de papiers.

«En 1974, on avait enregistré le dernier grand record de production avec plus de 230 000 cordes de pitoune, ce qui fait un peu plus de 800 000 mètres cubes, ce qui représentait beaucoup de bois», précise M. Veilleux.

 

Poster un Commentaire

avatar