Vincent Nadeau: pour combattre ses démons, ça prend le diable au corps

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Par Hubert Lapointe
Vincent Nadeau: pour combattre ses démons, ça prend le diable au corps
Vincent Nadeau n'est plus le même homme. (Photo : gracieuseté)

SAINT-ODILON. À l’adolescence, Vincent Nadeau est tombé en amour. Elle était petite, attirante, faite de houblon… Tout de suite, il a su en apprécier le goût et adorait la sensation que sa nouvelle flamme lui procurait, mais c’était sans savoir que la relation deviendrait toxique…

Les premiers temps, tout semble bien aller. Grâce à sa folle jeunesse, l’alcool en grande quantité se marie parfaitement à son style de vie. En tant que chansonnier et joueur de baseball et de hockey émérite, il se sent invincible. Il se fait même une fierté d’être celui de ses amis qui sait le plus absorber de boisson en une soirée. Le monde lui appartient. Mais, dans l’obscurité, ses démons grandissaient. Ils deviendront bientôt aussi imprenables qu’une forteresse bien gardée.

Les années passent. Les lendemains de veille se font de plus en plus souffrants, il dort peu, il manque de patience et il commence même à s’absenter du travail. « À un moment, tu pognes un mur. […] Je me regardais aller, je savais que j’avais un problème, mais je préférais me mettre la tête dans le sable. Je voulais continuer à boire », a-t-il affirmé.

Afin de retrouver un peu d’énergie, il fait la connaissance d’une nouvelle amie: la cocaïne. S’il n’en est jamais devenu accroc, cette rencontre lui permettait de consommer encore plus d’alcool. « J’avais des lendemains de brosse ceinture noire. Ça cogne! J’avais l’impression d’avoir un tremblement de terre en dedans de moi. Je suis devenu dépressif, j’ai eu des idées noires… Mes deux dernières années de brosses, je n’avais plus de fun, mais je n’avais rien pour me ramener », a-t-il soulevé.

Les questionnements ont commencé vers l’âge de 35 ans. En effet, les dettes commencent à s’accumuler, il est incapable de garder une blonde, ses amis prennent leurs distances, il est pratiquement insomniaque et il ne fait plus de sports. « Je passais d’échec en échec. Ça germait dans ma tête qu’il fallait que j’arrête, mais je n’étais pas encore prêt. J’ai vécu une vie de “rock star” pendant longtemps, mais je me demandais: “Je fais quoi si j’arrête?” »

Drapeaux rouges

Il faut savoir que peu de temps auparavant, son père, alors ivre, avait causé un accident et s’était retrouvé en prison. « Je savais que si je continuais, j’allais me retrouver là, ou même mort. »

Un nouvel élément déclencheur a été lors d’un réveil après une autre soirée trop bien arrosée, lorsqu’il a vu sa galerie endommagée par la voiture qu’il avait conduite en état d’ébriété. « Bravo… », s’était-il dit avec ironie.

Qui plus est, à cette époque et malgré son jeune âge, il a subi une terrible crise de goutte. C’est ainsi que les semaines ont passé, son regard s’est voilé, il était au fond du baril.

Vincent Nadeau a recommencé à jouer au baseball (avec une bière sans alcool).
(Photo – gracieuseté)

On se relève

Un jour, épuisé de pleurer en solitaire chez lui, il se redresse enfin les épaules. « Ça fera ce que ça fera, mais je vais toujours bien aller voir, s’est-il réveillé. Je me suis aussi fait une promesse. Si je ne suis pas capable tout seul, je vais aller chercher de l’aide. »

Ainsi, en 2017, il a encerclé les journées de la Fête au village dans son calendrier comme étant les dates de ses dernières consommations. « Ne vous donnez jamais de “deadline”, conseille-t-il avec le recul, parce que, puisque c’était la dernière, j’étais comme un enfant devant un plat de bonbons. J’en ai pris le plus possible. » Le lendemain de veille, aussi tristement légendaire était-il, a été le dernier.

Il va sans dire que les six premiers mois ont été horribles. « La soif cogne à la porte tout le temps. Il y a plein de fois où j’ai eu envie d’abandonner. J’ai fait face à mes démons, mais j’étais plus cabochon qu’eux autres. »

Puis, les bienfaits ont commencé. Il dort mieux, il a commencé à s’entraîner et il a remboursé ses dettes en un an. « Ça peut paraître long, mais c’est super! J’étais fier de moi. Je m’améliore constamment et ça devient de moins en moins difficile. »

Il est vrai que la pandémie et l’interdiction d’aller au gym ont presque eu raison de sa volonté, mais il a plutôt opté pour l’aménagement d’un gym à la maison et le suivi d’un programme régulier. « Ça m’a probablement sauvé d’une rechute. Je pensais que je vivais ma vie à fond, mais c’est faux. À partir du moment où j’ai arrêté, c’est là que j’ai commencé à vivre pour vrai. Je ne suis plus la même personne. Mon père est fier de moi, et c’est le plus beau cadeau que je pouvais faire à ma mère. Aujourd’hui, je me dis: “Concentre tes énergies sur quelque chose de positif. Tu ne le regretteras pas!” », a complété l’homme de 41 ans, qui compte à ce jour plus de quatre années de sobriété.

 

* En collaboration avec Jeannyl Gilbert.

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