Vivre la Coupe Stanley et les Jeux Olympiques dans le même été

Eric Gourde
redaction@beaucemedia.ca

Vivre la Coupe Stanley et les Jeux Olympiques dans le même été
Jean-François Poirier était de passage à Saint-Joseph il y a quelques jours, avant son départ pour Tokyo. (Photo : Beauce Média - Éric Gourde)

MÉDIAS. Jean-François Poirier vit un été chargé à titre de journaliste sportif à Radio-Canada. Après avoir couvert la récente finale de la Coupe Stanley, il a pris la direction de Tokyo dimanche dernier pour assister aux Jeux Olympiques.

Natif de Saint-Joseph, Poirier ne sera toutefois pas en terrain inconnu puisqu’il en sera à ses 4e Jeux. C’est toutefois la première fois qu’il assiste aux jeux d’été. « Mes premiers jeux, sur place, ont été ceux de Vancouver en 2010. Ensuite, il y a eu Sotchi en 2014 et puis ceux de Pyeongchang en 2018. J’ai fait ceux de 2016 comme chef d’antenne à Montréal et c’est la 2e fois que je suis assigné à la nouvelle du jour dans le Téléjournal », explique-t-il.

Le Joselois se souviendra longtemps de son été 2021 puisqu’il y a quelques semaines à peine, il était à Tampa Bay lorsque le Lightning a remporté la Coupe Stanley contre le Canadien de Montréal. « Ce n’était pas prévu pour le Canadien et pour moi non plus. L’épouse du journaliste affecté à la couverture régulière du Canadien est enceinte et l’accouchement approchait. On m’a donc demandé de suivre les activités de l’équipe pour les éliminatoires. On m’a appelé la veille du match numéro 7 contre Toronto et on m’a dit que si le Canadien gagnait, je devais partir pour Winnipeg le lendemain. »

Il a donc été un témoin privilégié du parcours du Tricolore en séries. « J’ai couvert la série contre Las Vegas à partir de Montréal en raison de la quarantaine, mais lorsque la finale contre Tampa Bay est arrivée, il fallait que j’aille sur place, surtout que les matchs 1 et 2 étaient là-bas. Comme je ne pouvais pas revenir en raison de la quarantaine obligatoire ici au Québec, j’ai finalement passé 12 jours à Tampa. »

Il a ainsi pu voir à quel point les deux marchés vivaient deux solitudes opposées. « C’était la Covid inexistante, mis à part le port du masque pour circuler dans l’aréna. Il fallait rester à l’écart et les gens respectaient ce bout-là. Nous étions dans une bulle qui n’existait pas, sauf qu’il fallait tester négatif constamment. »

Une tâche difficile

À Radio-Canada depuis 2008, Jean-François avait débuté sa carrière en 1992 au réseau TVA. Son premier véritable mandat a été de couvrir les Jeux de Barcelone comme chef d’antenne, de Montréal, à l’âge de 23 ans. « J’ai toujours eu un pied dans les jeux. Quand je suis passé à Radio-Canada en 2008, c’était pour les Jeux de Pékin. »

Poirier est à Tokyo depuis le dimanche 18 juillet dernier. Il avoue que son métier n’est pas facile par les temps qui courent et qu’il se devra d’être créatif pour meubler ses reportages. « Nous les journalistes, notre job est d’aller sur le terrain et depuis plus d’un an, on ne peut le faire. C’est en voyant le monde qu’on apprend nos histoires et nous sommes coupés de ça. Tout d’un coup, tu sors et tu te ramasses à couvrir la finale de la Coupe Stanley et les Jeux Olympiques, back to back. C’est spécial. »

Les mesures en place à Tokyo risquent aussi de rendre les choses compliquées. « Pour la finale du judo par exemple, on quitte l’hôtel avec un caméraman et un réalisateur, puis un taxi nous accompagne sur place, à un endroit désigné. Une fois que c’est terminé, on rembarque dans l’auto pour revenir à l’hôtel. Nous avons ensuite 15 minutes pour aller au dépanneur ou autre avant de devoir revenir à nos chambres. Pas question de rester dans le lobby de l’hôtel ou autre. Des avertissements se donnent et on peut se voir enlever notre accréditation sur-le-champ. »

Autre difficulté qu’il anticipait, celle de ne pas pouvoir côtoyer des gens qui alimenteront ses histoires. « Tous les jeux que j’ai faits et les sujets que je traitais étaient basés sur ce qui se passe autour des jeux. Les familles, l’ambiance qui règne, mais là, c’est le silence autour de ça. Il faudra être créatif. L’émotion risque souvent d’être dans la tristesse cette fois-ci, puisque les athlètes ne pourront pas partager tout ça avec leur entourage. »

Beauceron dans l’âme

Cette présence régulière aux Jeux et sa profession lui ont d’ailleurs permis de vivre de beaux moments et de faire résonner sa fibre beauceronne. Il cite en exemple des reportages sur Raphaël Lessard et Marie-Philip Poulin. « Dans le cas de Raphaël, je ne le connaissais pas. C’est un ami qui m’a parlé de lui et une fois à Saint-Joseph, je suis allé cogner à la porte de la résidence familiale. D’un topo de 5 minutes au départ, ça s’est terminé par un reportage de 42 minutes. Avec Marie-Philip, c’est moi qui avais à faire l’interview après son fameux but à Sotchi. C’est la fille de Beauceville et quand ils viennent de chez toi, c’est d’autant plus intéressant, sauf que tu n’as pas de parti pris et si tu en parles, c’est parce qu’ils le méritent. »

Il a aussi été témoin des premiers Jeux d’Éliot Grondin, planchiste de Sainte-Marie. « Il avait 17 ans et je devais l’interviewer. Lui parler de Sainte-Marie et du boulevard Vachon était une bonne entrée en matière pour me présenter et, peut-être, le rendre plus à l’aise. Je suis aussi allé voir Jesse Bélanger cette année. Il a quand même gagné la Coupe Stanley et l’avais emmené en Beauce. Il a le même âge que moi et je voulais le rencontrer pour parler de lui et de ce qu’il est devenu. »

Rencontrer maman avant le départ

En visite à Saint-Joseph quelques heures avant son départ pour Tokyo, Jean-François Poirier avait une chose bien spéciale à son agenda. S’il vient régulièrement voir sa mère aujourd’hui âgée de 92 ans, il a pu dîner avec elle pour la première fois depuis longtemps. « J’avais pu entrer l’été dernier avec les précautions d’usage. Je la voyais, mais chaque fois en bas du balcon comme Roméo et Juliette. Je passais une quinzaine de minutes avec elle et je faisais des vidéos avec mes filles à Québec et Montréal. »

Il avoue que la dernière année a été difficile sur ce point. « J’étais seul dans mon appartement à Montréal, ma mère toute seule dans sa chambre parce qu’il y a eu une éclosion dans sa résidence. Ça a fait partie de toute la dynamique de la dernière année. Heureusement, ma sœur est ici et agit comme proche aidante. Elle pouvait au moins me suivre à la télé et me dire si je me tenais droit, ou si ma cravate était croche », illustre-t-il en riant.

Maintenant qu’il a vécu les Jeux Olympiques plusieurs fois et une première finale de la Coupe Stanley, le Super Bowl est le prochain événement qu’il aimerait couvrir. « C’est sûr, mais c’est mon ami Jean St-Onge qui le fait tout le temps. On parle souvent football ensemble. J’ai vécu quelques Coupe Grey et j’ai beaucoup aimé aussi, surtout que Shania Twain faisait le spectacle de la mi-temps, mais la NFL, c’est un autre monde. »

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