Des porcs en décomposition qui dérangent

Eric Gourde  redaction@beaucemedia.ca

Des porcs en décomposition qui dérangent
Des carcasses de porc sont souvent visibles en bordure des rangs et routes de la région, le temps qu'un récupérateur puisse les ramasser. (Photo : gracieuseté)

AGRICULTURE. Un résident de Saint-Elzéar dénonce que des carcasses de porc soient laissés en bordure des rangs et routes de la région, le temps qu’un récupérateur puisse les ramasser.

Marcel Vallée déplore que des animaux morts puissent rester plusieurs jours dans des conteneurs le long des routes avant qu’un récupérateur de carcasses ne les ramasse. En période estivale, cette situation est d’autant plus déplorable, selon lui, et la situation ne change pas.

M. Vallée n’en est d’ailleurs pas à sa première sortie en la matière. Il y a quelques années, il avait installé une affiche sur sa propriété dénonçant le bruit et les odeurs véhiculées par des établissements porcins près de chez-lui. « J’essuie des revers partout, parce que je fais face à une petite clique qui a une certaine mentalité et les choses ne changent pas. Personne ne veut parler, parce que personne ne veut être étiqueté, alors je suis seul à en parler ouvertement. »

Marcel Vallée dénonce surtout le fait que des carcasses de porcs soient laissées en décomposition, parfois près des résidences et critique que celles-ci soient visibles des passants pendant plusieurs jours. « Les récupérateurs passent généralement deux fois par semaine, mais pas toujours. Si le conteneur n’est pas plein, les producteurs n’appellent pas le récupérateur et préfèrent attendre. C’est l’été, et on veut que nos campagnes soient belles pour que les touristes viennent nous visiter. Ce n’est sûrement pas ce que l’on veut que les gens retiennent de leur visite. »

Pour M. Vallée, il y a trop peu de charnières et de bacs réfrigérés pour l’ampleur de la production porcine dans la région. « Quelques-uns ont investi, mais trop peu parce que ça demande des déboursés importants. Le bien-être animal est devenu important avec le temps, tant mieux, l’environnement aussi, mais le respect de l’humain et de celui qui demeure tout près, ça non. L’important, c’est l’argent et non le respect de la population. »

Le problème n’est toutefois pas exclusif à la région, rappelle M. Vallée. « C’est partout au Québec. Après la maladie de la vache folle, les débouchés sont devenus moins nombreux et les récupérateurs ont décidé de demander aux producteurs de défrayer les coûts du ramassage des carcasses. La réalité n’a pas changé et il y aura toujours de la mortalité chez les animaux, peu importe la production. Il y a eu une compagnie dans la région qui s’était dotée d’un incinérateur et récupérait les carcasses, sauf que ce n’était pas rentable. »

Un premier signalement

Cette problématique n’a jamais été apportée au conseil municipal, affirme le maire de Saint-Elzéar, Carl Marcoux. « M. Vallée n’est pas venu au conseil pour expliquer la chose, alors c’est difficile de faire quelquechose quand on ne sait pas. Cette question des carcasses en bordure des routes n’avait jamais été soulevée devant le comité, alors elle n’a pas été étudiée pour le moment. »

Il faut être conscient d’une problématique avant de s’y pencher, pour ensuite apporter des correctifs, si nécessaire et possible, insiste M. Marcoux. « Saint-Elzéar est en territoire agricole et M. Vallée connait cette réalité. Il nous a fait des suggestions. Si certaines respectaient la règlementation, d’autres au niveau sonore se sont mises en place rapidement, d’autres le seront plus tard et certaines, comme le déménagement d’une ferme porcine, sont peu probables à court terme. »

Il assure toutefois que le dossier sera étudié prochainement. « On a un comité qui travaille sur la cohabitation rurale et urbaine. Nous sommes la seule municipalité de la MRC à avoir ça. Un plan d’action a été établi, mais la Covid nous a empêchés de se revoir. Déjà des modes de fonctionnement ont été établis et d’autres actions viendront. Le comité étudiera cette question-là dans les prochains mois, précise le maire.

Le problème n’est toutefois pas exclusif à la région, rappelle M. Vallée. « C’est partout au Québec. Après la maladie de la vache folle, les débouchés sont devenus moins nombreux et les récupérateurs ont décidé de demander aux producteurs de défrayer les coûts du ramassage des carcasses. La réalité n’a pas changé et il y aura toujours de la mortalité chez les animaux, peu importe la production. Il y a eu une compagnie dans la région qui s’était dotée d’un incinérateur et récupérait les carcasses, sauf que ce n’était pas rentable. »

Les éleveurs déjà sensibilisés

Producteur à Saint-Michel-de-Bellechasse, Louis-Philippe Roy est 2e vice-président de l’association des Éleveurs de porcs du Québec. En plus de déplorer la situation, il assure que de la sensibilisation a été faite auprès des producteurs de partout en province à la suite de plaintes de citoyens. « Mettre des bacs au chemin est légal, mais on ne le recommande pas. Alors qu’on essaie de valoriser l’agriculture, il faut mieux gérer la situation pour avoir une acceptabilité sociale des gens, surtout qu’il y a beaucoup de gens qui circulent dans nos rangs, notamment en vélo, alors ce n’est pas la meilleure carte de visite. »

M. Roy essaie de faire sa part pour que les impacts visuels et autres sur son voisinage et les passants soient le plus discrets possible. C’est pourquoi il s’est doté d’un espace de récupération réfrigéré. «Ça m’est arrivé de passer chez un producteur près de chez moi où j’ai vu ce genre de chose. L’ensemble des producteurs fait une bonne job et L’ensemble des citoyens est critique du bien-être animal et de l’environnement et la disposition des animaux en est une autre. Cette gestion se fait depuis plusieurs années, sauf que les gens sont plus sensibles à ces situations. C’est pourquoi certaines pratiques doivent changer. »

Marcel Vallée demeure conscient que ses sorties seront peut-être mal reçues par certaines personnes. Il ne s’en fait pas outre mesure. « Je connais la réalité de l’agriculture. J’ai été élevé là-dedans et je n’ai pas de leçon à recevoir de personne. Je suis la 4e génération de père en fils ici et il y avait une porcherie chez-nous avant. »

 

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