La surchauffe immobilière gagne la région

Boris Chassagne, Initiative de journalisme local
La surchauffe immobilière gagne la région
L'effervescence du marché immobilier se fait sentir dans notre région. (Photo : Depositphotos)

La frénésie immobilière qui a touché les grands centres gagne la région. Et les maisons des MRC de Beauce-Sartigan, Robert-Cliche, Nouvelle-Beauce, Les Etchemins et Bellechasse prennent de la valeur.

Les faibles taux d’intérêt, la rareté des inscriptions et une forte demande liée au télétravail confirment la tendance. « Ça fait 16 ans que je fais du courtage. C’est une année que je n’ai jamais vécue. Il y a eu énormément d’acheteurs sur un même produit. J’ai dû gérer trois ou quatre offres simultanées. Toutes les maisons, règle générale, se sont vendu plus cher qu’avant la pandémie », explique Nancy Auclair, courtière immobilière agréée et directrice de l’agence Immeubles Auclair Beauce & Etchemins. « Même la négociation a été pratiquement inexistante. On paie le prix demandé en partant. Et des propriétés se sont vendues au-delà de la valeur marchande réelle. Ça se voit vraiment sur l’ensemble du territoire ». Et les acheteurs arrivent de partout : Montréal, Granby, Rimouski, Gatineau et Ottawa, note Mme Auclair.

C’est définitivement un marché de vendeurs et Joanie Fontaine, économiste chez JLR Solution Foncières, le confirme. « Globalement au Québec c’est un bon moment pour vendre. Il y a peu d’offres dans le secteur. Il y aura parfois surenchère » ajoute Mme Fontaine.

Ce que corrobore Michèle Fournier, directrice d’agence chez Royal LePage Inter-Québec. « L’unifamilial, les données les plus probantes sont là. J’ai parlé avec des courtiers sur place. Les prix sont plus élevés, mais il n’y a pas des records irrationnels comme à Montréal. On voit plus de gens venir de l’extérieur. Et ça se vend plus vite qu’avant. Mais, les prix ne s’apprécient pas autant qu’ailleurs. Même les terres à bois, les terrains, les fermettes sont recherchés. Et les propriétés en bord de lac sont très recherchées. C’est tout un marché »… avec des variations sur douze mois du prix médian variant entre 3,6 % et 64 %!

Les vendeurs trop gourmands se tirent parfois dans le pied. « Les attentes des vendeurs doivent être réalistes », ajoute Michèle Fournier. « Ça demeure un marché actif. Après la pandémie, ça pourrait changer » nous dit l’économiste Fontaine.

Quand on se compare, on comprend et on se console. « Le courtier va se fier sur les comparables les plus récents. C’est un drôle de marché. Une même maison a pu se vendre deux fois dans la même année. C’est le public qui va mettre un frein à un moment donné », précise Mme Fournier de Royal LePage.

Tempérer le comportement des acheteurs

Le marché frétille. Et pour calmer le jeu, on s’attend à ce que les gouvernements interviennent, même si Éric Girard, ministre des Finances du Québec, estime que la situation pourrait « s’autocorriger ». Cependant, « si le marché continue de s’accélérer, il risque d’y avoir des mesures prises par le gouvernement » estime Joanie Fontaine, économiste chez JLR Solution Foncières. On parle de réduire les périodes d’amortissement et d’augmenter le pourcentage nécessaire à une mise de fonds.

Nancy Auclair entend les mêmes rumeurs. « On commence à recevoir des communiqués de nos chambres immobilières. L’Organisme d’autorèglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ) et l’Association canadienne de l’immeuble (ACI) nous disent que les gouvernements sont en train d’étudier différentes possibilités » pour éviter que la bulle immobilière n’implose. « Depuis les dernières semaines, je commence à sentir un petit ralentissement. »

Des prix médians de chaque côté du spectre

Dans ce tableau que nous fournit Royal LePage (voir ci-bas), on constate que les prix des maisons se sont appréciés dans chacune des cinq MRC, de même que dans toute la région de Chaudière-Appalaches. Les écarts sont énormes.

Les transactions se font très rapidement et les offres sont souvent supérieures au prix demandé, notent les spécialistes. Les mois de janvier, février et mars 2021 sont des mois où il n’y a pas beaucoup de transactions, souligne Joanie Fontaine, économiste chez JLR Solutions Foncières. Et il est parfois hasardeux dit-elle, de qualifier un marché où l’on compte moins de 100 transactions pour une période donnée.

Une mise en garde : les chiffres ne disent pas tout, ajoute Nancy Auclair. Pour la MRC des Etchemins par exemple, elle note que la vente de propriétés plus prestigieuses au bord de l’eau explique peut-être en partie les fortes variations. Autrement dit, votre maison des Etchemins ne s’est peut-être pas appréciée de 64 % sur un an. Idem dans Robert-Cliche. « Elles ne se sont pas vendues nécessairement 60 % plus cher. Mais, c’est sûr que ça a augmenté », affirme Mme Auclair des Immeubles Auclair Beauce et Etchemins.

Variation du prix médian des propriétés par MRC
MRC Prix médian 1er trimestre 2020 Prix médian 1er trimestre 2021 Variation % Prix médian Ventes 1er trimestre 2020 Ventes 1er trimestre 2021 Variation %
Unifamiliales Unifamiliales Unifamiliales Unifamiliales Unifamiliales Unifamiliales
Beauce-Sartigan 151 500 $ 172 500 $ 13,86 % 94 110 17,02 %
Bellechasse 198 000 $ 214 740 $ 8,45 % 69 89 28,99 %
Les Etchemins 85 000 $ 140 000 $ 64,71 % 34 43 26,47 %
Nouvelle-Beauce 210 000 $ 229 330 $ 9,20 % 81 87 7,41 %
Robert-Cliche 119 950 $ 152 000 $ 26,72 % 30 36 20,00 %
Chaudière-Appalaches 207 500 $ 215 000 $ 3,61 % 1036 1177 13,61 %

*Données fournies par Royal LePage Inter-Québec. Source: Centris

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