Olymel Vallée-Jonction: des positions à l’opposé

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Par Eric Gourde
Olymel Vallée-Jonction: des positions à l’opposé
Les employés de l'usine Olymel de Vallée-Jonction espèrent une nouvelle convention collective, celle-ci étant échu depuis la fin du mois de mars. (Photo : Beauce-Média - Éric Gourde)

ALIMENTAIRE. Une première rencontre de conciliation doit avoir lieu ce mercredi dans le conflit de travail opposant les employés d’Olymel à Vallée-Jonction et leur employeur.

Près d’une semaine après le début d’une grève générale illimitée, les premiers indices laissent croire que le conflit pourrait durer un certain temps. Les employés souhaitent une augmentation appréciable du salaire, ce que l’employeur prétend ne pas pouvoir offrir.

Si le déclenchement de la grève par les employés, mercredi dernier, a pris l’employeur par surprise, les exigences du syndicat ont bousculé elles aussi la partie patronale, avoue le 1er vice-président de l’entreprise, Paul Beauchamp. « Les discussions étaient amorcées. On avait abordé le volet normatif avant de débuter les aspects monétaires, comme on le fait habituellement. On regardait le calendrier de travail et on se disait que cela progressait et qu’on pouvait espérer les sujets plus sensibles. À la vue des demandes des employés, on s’est aperçu que nous ne pouvions pas embarquer dans un processus sans être encadrés et appuyé par un conciliateur pour faire cheminer les partis ».

Paul Beauchamp est 1er vice-président chez Olymel.

L’entreprise a entretemps pris des dispositions pour relocaliser l’approvisionnement des porcs dédiés à l’usine de Vallée-Jonction dans ses autres usines. «On est conscient de la problématique et des risques de perdre des employés ou des irritants causés pour l’approvisionnement en porcs. Nous avions fait quelques exercices, pendant  la Covid, de rediriger des porcs ailleurs. Nous avons vendu pour de courtes durées des quantités de porcs ailleurs. Les porcs provenant de l’Ontario, que nous dirigions vers l’usine de Saint-Esprit sont détournés vers les États-Unis, ce qui libère des crochets au Québec pour rediriger les porcs destinés vers Vallée-Jonction à cet endroit. »

Un ton incisif de part et d’autre

Si les demandes syndicales indiquent clairement qu’une augmentation appréciable des salaires sera nécessaire, M. Beauchamp indique qu’aucune offre précipitée ne sera faite aux employés à court terme. Un retour au travail à court terme est donc difficile à prévoir. « Dans la mesure où les exigences sont de l’ordre qu’elles le sont et ne se rapprochent pas de quelque chose d’acceptable, le conflit pourrait durer longtemps. On ne fera pas de concession à la sauvette pour un retour au travail précipité. Nous avons une marge de manœuvre, mais très limitée par rapport à ce que l’on peut offrir. C’est le jour et la nuit avec les demandes des travailleurs. Il n’est pas question non plus d’antagoniser  le processus et d’envenimer les choses ».

L’implication d’un conciliateur dans le dossier devenait incontournable selon lui. «Nous sommes très loin l’un de l’autre et des concessions seront nécessaires. Ça peut être nous d’un côté, mais il est évident qu’un bout de chemin doit être fait par la partie syndicale. Nous allons travailler avec le conciliateur qui vient nous aider à trouver un rapprochement. Les travailleurs de Vallée-Jonction reçoivent déjà 18 % de plus que nos compétiteurs canadiens. On se doit de considérer que le porc des autres est aussi bon que le nôtre et on se doit aussi de demeurer compétitif », ajoute-t-il.

Un rattrapage improbable

Cette préoccupation de demeurer concurrentiel revient souvent dans le discours de M. Beauchamp. C’était aussi le discours d’Olymel en 2007, alors que les employés avaient dû accepter une baisse de leur salaire de près de 40 %. « Quand on fait la grande analyse, il n’est pas question de revenir à quelque chose qui pourrait nous ramener en 2007 où l’écart des salaires avec nos concurrents ne nous permettrait plus de tenir la route et d’être compétitifs », rappelle-t-il.

Sur les prétentions du syndicat que l’aspect salarial est la seule chose qui pourrait atténuer les problèmes de main d’œuvre vécus par l’entreprise, M. Beauchamp illustre que la problématique n’est pas unique à Olymel, à la Beauce, à la région de Québec ou d’ailleurs. « Il faut être prudent. Déstructurer la compétitivité d’une entreprise peut être dangereux. D’autres abattoirs se sont greffés à notre organigramme depuis quelques années. Vallée-Jonction demeure au cœur de notre stratégie, mais son poids stratégique n’est pas le même que dans les négociations antérieures. Le reste de l’entreprise a évolué ».

Difficile de prévoir quel sera le ton utilisé par les deux parties lors des premières rencontres avec le conciliateur, sauf que chacun semble prêt à être ferme sur ses positions. « Nous allons laisser au conciliateur le soin d’établir son calendrier. On se doit d’abord d’expliquer quel est notre environnement économique, quelle est notre compétition et qu’est-ce qui se donne en salaire dans la région. On se fait demander 51 % sur trois ans et demi. La base des demandes du syndicat implique ce que nous ne sommes pas capables de faire. Ça prendra le temps qu’il faut, avec les conséquences que cela implique », indique M. Beauchamp en terminant.

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