L’avis de quelques experts sur les impôts

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Par Eric Gourde
L’avis de quelques experts sur les impôts
Steeve Vachon et Éric Lachance ont conseillé plusieurs clients au cours de la dernière année (Photo : gracieuseté)

FINANCES. Le mois de mars vient à peine de débuter et déjà, la période des impôts laissent entrevoir certaines choses particulières en raison de la pandémie de la Covid-19 en 2020. Prestation canadienne d’urgence (PCU) et télétravail seront deux variables importantes à prendre en considération cette année.

Les gens mal préparés pourraient avoir de mauvaises surprises, selon quelques intervenants interrogés par le journal. Résident de Saint-Isidore, Gaétan Bernier produit des rapports d’impôts depuis plusieurs années. L’an dernier, il en a produit 761 et s’attend à dépasser les 800 au cours de la période qui débute ce mois-ci. Particulièrement pour la PCU, M. Bernier observe que certains y ont peut-être vu une fausse opportunité.

Gaétan Bernier produit des rapports à même son domicile depuis plusieurs années.

« Il y a plus de risque cette année de voir des gens mécontents, alors que ce n’est pas de notre faute. Certaines personnes ont sauté là-dedans pensant faire de l’argent, mais ils se sont fait avoir. Il y a des gens qui retiraient de l’impôt dans le passé et qui devront défrayer de bons montants cette année, pour cette raison », selon lui.

Le gouvernement fédéral aurait eu avantage à expliquer davantage que certaines prestations ne comportaient pas de retenues à la source ou pouvaient avoir été versées trop rapidement, selon Gaétan Bernier. « Certains ont mis de l’argent de côté, mais d’autres ont été plus insouciants en se gâtant un peu trop ou bien en consacrant beaucoup de cet argent pour des rénovations, alors qu’ils étaient confinés à la maison. »

Comptable professionnel agréé chez Lemieux Nolet, Éric Lachance avait lui aussi prévenu plusieurs de ses clients des pièges potentiels de certaines prestations. « J’ai prévenu mes clients qui ont reçu de la PCU de prévoir un 35 % de côté. Il y a aussi quelques cas de fraudes dans la région, à savoir des gens qui n’ont pas reçu de PCU, mais qui ont reçu un feuillet indiquant des revenus de 8 000 $ par la poste. Les gens auront un an (30 avril 2022) pour débattre qu’ils n’ont pas reçu ces sommes avec l’Agence de revenu du Canada. »

Quelques personnes ont aussi rapporté des cas d’usurpation d’identité ou d’argent versé en trop à Gaétan Bernier. Il conseille aux gens de conserver les chèques et non de les renvoyer par la poste, puisque le traitement risque d’être long. « La Covid a le dos large et c’est à prendre en considération quand on traite avec les gouvernements. Les gens auraient peut-être avantage à changer le chèque qu’ils ont reçu et en produire un autre au gouvernement pour éviter les malentendus ou les délais. »

Pas l’hécatombe anticipée

Pour Éric Lachance, les programmes gouvernementaux et autres, actuellement disponibles, font en sorte que la plupart des entreprises s’en sortent bien, alors que des inquiétudes étaient palpables au cours des derniers mois. « Même dans les secteurs difficiles, les programmes ont atténué les choses. Plusieurs restaurants du coin, par exemple, ont réussi à survivre et à s’en sortir avec les commandes pour emporter ou la livraison. Certains coûts, comme le loyer, sont moins onéreux qu’en ville, alors ils auront besoin de moins d’aide pour s’en sortir. La seule chose qu’il faudra voir, c’est si les entreprises se sont trop endettées avec tous les prêts qui étaient disponibles. »

Ce dernier observe aussi que les coopératives locales, les épiceries ou les dépanneurs ont bénéficié d’une certaine affluence additionnelle par moment au cours de la dernière année en raison du confinement et d’un certain intérêt vers l’achat local. « C’est moins noir que ce que j’avais prévu en mars l’an dernier. Certains clients ont fait une conversion vers les ventes en ligne, une démarche qui a fonctionné.  À part quelques exceptions, les endroits touristiques n’ont jamais eu autant d’achalandage parce que les touristes sont demeurés au Québec. »

Beaucoup d’aide sur la table

Steeve Vachon, associé-fiscaliste chez Raymond Chabot Grant Thornton à Sainte-Marie remarque que plusieurs n’ont peut-être pas profité de tous les programmes accessibles. En plus des subventions salariales, aux loyers ou autres, les aides financières proposées sont tellement nombreuses qu’il est facile de s’y perdre, selon lui. « En 2020, beaucoup de mesures sont arrivées au départ, surtout au fédéral, sauf que les critères étaient plutôt vagues au début. Nous avions des gens à l’interne qui ne faisaient que suivre les mouvements et les nouvelles conditions qui apparaissaient. Dans des échanges qu’on a eu avec nos clients, on a été à même de constater que certains avaient omis de s’en prévaloir et on a pu déclencher des aides supplémentaires. »

Plusieurs entreprises ont des gens affectés à la comptabilité, mais les programmes ont tellement été modifiés en cours de route qu’il était difficile de suivre par moment, constate Steeve Vachon. « Les fenêtres de demandes se renferment lentement, mais il reste encore certaines opportunités. Quelques mesures sont prolongées jusqu’en juin 2021, alors c’est encore le temps de le faire. »

Pour les particuliers, autant M. Lachance que M. Vachon s’entendent pour dire que l’avènement du télétravail deviendra un incontournable, surtout que deux options s’offrent au contribuable: la formule détaillée, ou la formule simplifiée. « La formule détaillée semble plus avantageuse, mais elle est aussi plus technique et implique d’évaluer l’espace du logement consacré au télétravail. Logiquement, les gens qui ont au moins une pièce complète consacrée uniquement à un bureau à la maison y trouveront peut-être un avantage. Dans le cas contraire, la méthode simplifiée est peut-être la solution », estime Steeve Vachon.

En terminant, Steeve Vachon invite les gens à se préparer adéquatement pour la période des impôts, ou à tout le moins, y consacrer un peu de temps. « Il faut préparer sa fiscalité, que ce soit celle d’une entreprise ou la sienne. Prendre quelques minutes chaque année pour faire le point n’est pas une perte de temps. »

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