LNH: quels sont les différents types d'entraîneurs?

La chronique hockey de Martin McGuire

Publié le 6 décembre 2016

Martin McGuire

L’une de mes tâches quotidiennes est de rencontrer les entraîneurs. Les coachs, dans la LNH, à l’instar de tous les sports majeurs professionnels, sont les voix publiques des organisations sportives.

À travers leur bouche, il est possible d’établir l’identité d’une organisation, du moins sur la place publique, même si les joueurs doivent aussi répondre aux questions des médias, qui ne sont qu’une courroie entre leur équipe favorite et les fans. En réalité, nous sommes là parce qu’il est impossible de faire entrer tous les partisans du CH dans le vestiaire ou la salle de presse pour poser des questions à l’entraîneur. C’est comme ça partout dans le monde où il y a des équipes sportives.

Au fil de ma carrière, j’ai rencontré toutes sortes d’entraîneurs. Il est toujours fascinant de découvrir qui sont les hommes derrière le métier difficile et ingrat qu’ils pratiquent. Certains plus habiles que d’autres ne voudront pas laisser transparaître beaucoup ce qu’ils sont quand ils rencontrent les médias. La plupart cachent très mal ce qu’ils sont. En fait, c’est avec cette personnalité et grâce à leurs atouts qu’on leur a confié ce job tant convoité.

Il y a plusieurs sortes d’entraîneur. Dans le sport professionnel, nous les catégorisons essentiellement en deux groupes.

Les cérébraux, les calculateurs, qui aiment l’approche de l’enseignement individuel. Des entraîneurs qui aiment aussi négocier au quotidien avec les joueurs. Une catégorie associée aux nouvelles exigences d’aujourd’hui.

Les old school, les durs, les tranchants, ceux que l’on considère intransigeants, les meneurs d’hommes. La main de fer, mais sans le gant de velours. Même si aujourd’hui les dirigeants d’entreprise comme les entraîneurs au hockey peuvent avoir l’image du dur ou du old school, ils sont parfois obligés de mettre le fameux gant de velours, ne leur en déplaise. Dans cette catégorie, il y a un groupe assez distinct dans la LNH.

Commençons dans l’Ouest. Darryl Sutter des Kings de Los Angeles, Randy Carlyle des Ducks d’Anaheim, Lindy Ruff à Dallas, Bruce Boudreau au Minnesota, Ken Hitchcock à St. Louis et Joël Quenneville à Chicago, seraient ce qu’on peut appeler encore aujourd’hui des entraîneurs old school. Ils ne sont pas pour autant dépassés.  L’approche classique est encore une recette qui fonctionne dans la LNH.

Anze Kopitar, le capitaine des Kings, me confiait que Darryl Sutter a un caractère bouillant et l’affiche dans le vestiaire. Ses joueurs sont parfaitement capables de prendre la température et parfois, il fait très chaud d’après lui. Mais comment en vouloir ou remettre en question les méthodes d’un entraîneur qui a gagné deux Coupes Stanley dans les dix dernières années?

Même chose du côté de Chicago; ceux qui connaissent Joël Quenneville, qui revendique trois championnats en six ans, savent que le gant de velours reste assez souvent dans le tiroir de son bureau. Ils disent aussi que Quenneville a appris à mettre de l’eau dans son vin, à négocier, ce que font plus facilement les entraîneurs de générations plus jeunes.

À Dallas, par exemple, Lindy Ruff pour se trouver facilement dans la même catégorie, mais son ancienneté dans la LNH amène les joueurs à le respecter. Sa longévité prouve qu’il a dû, à l’instar de Quenneville et Sutter, négocier avec les jeunes vedettes d’aujourd’hui.

Dans l’Est

Il est intéressant de constater qu’il y a aussi dans l’est deux groupes assez distincts d’entraîneurs. Regardons d’abord les gars de chez nous.

À New York, Alain Vigneault est comme un poisson dans l’eau. Parmi tous ses collègues, l’ancien coach des Olympiques est probablement celui qui négocie le mieux avec la presse. Amené à travailler à Montréal avec le Canadien à ses débuts, il a su composer avec les caméras et les micros. Pour le reste, Alain est un coach qu’on peut classer dans la catégorie classique. Un style assez intransigeant avec les joueurs qui s’écartent du plan de match. Alain Vigneault est cependant un coach ferme, parfois dur et bien compris et apprécié de ses joueurs. Ses expériences dans des marchés hautement médiatisés comme Montréal et Vancouver lui ont permis de bien naviguer dans l’univers des vedettes de la LNH.

Michel Therrien à Montréal et Claude Julien à Boston, qui sont aussi de fiers représentants du hockey québécois, font partie du même groupe d’entraîneurs de la vieille école. Therrien a su se raffiner davantage comme Vigneault, lors de son premier séjour derrière le banc du Canadien, il a sûrement appris à la dure ce qu’un entraîneur de la LNH doit savoir. Therrien est aussi passé par Pittsburgh, où il su comment bien composer avec de grandes vedettes.

Comme Ken Hitchcock déclarait lors de son point de presse en marge de la visite du Canadien à St. Louis : « Je peux être pour mes joueurs un sacré emmerdeur. C’est un peu mon travail. Ça peut devenir lourd pour eux ».

Hitchcock, lui aussi de la vieille école, s’est tourné vers Kirk Muller, maintenant avec le CH, pour adoucir son côté rugueux. Hitchcock déclarait : « Un gars comme Muller ne craint pas de parler aux joueurs et le fait de façon différente, plus douce, plus amicale, mais à la fin de la journée, ce qui doit passer est le message. Le joueur doit comprendre que l’important est de contribuer ».

Claude Julien à Boston a la réputation d’être un coach capable d’établir un système discipliné et rigoureux qui mène même des équipes moyennes au succès. La rigueur, Claude sait comment l’obtenir. Là où il a fait le progrès le plus important avec les années, c’est de la façon dont il compose avec l’aspect médiatique de son travail. Lui aussi est passé par la dure école du Canadien de Montréal, alors qu’il avait peu d’expérience pour faire face à tout ça.

Dans l’autre catégorie, il y a l’entraîneur des Sénateurs, Guy Boucher, qui a toujours admiré Mike Babcock, l’entraîneur vedette des Leafs de Toronto. L’ironie là-dedans est que Boucher était prêt d’obtenir le poste derrière le banc des Leafs lorsque Brendan Shanahan et Lou Lamoriello ont obtenu une réponse positive de la part de Babcock. Heureusement pour Boucher, il a du boulot dans la LNH. Boucher est un chirurgien : il aime regarder les détails sous tous les angles et travaille beaucoup en micro gestion. Il fait partie d’un groupe à l’approche un peu plus moderne que celle des autres. Il compose aussi très bien avec l’aspect médiatique de son travail.

Un autre dans cette catégorie est l’entraîneur du Lightning, Jon Cooper. De formation universitaire, il a étudié pour être avocat… et maintenant, il négocie avec les grandes vedettes de la LNH.

N’allez pas croire que ces entraîneurs ne sont pas capables de fermeté ni même parfois de se fâcher. Ils le font et ils trouvent le moyen d’obtenir le meilleur de leurs hommes, mais avec une approche différente.

Il est difficile d’établir clairement s’il y a une recette qui fonctionne mieux qu’une autre. Par expérience, les styles d’entraîneur c’est comme un peu comme les sauces à spaghetti; ce n’est pas parce que c’est différent que ce n'est pas bon! Coacher, c’est un métier difficile.

Le grand Pat Burns, qui nous a tristement quittés, disait toujours : « Les entraîneurs sont engagés pour être congédiés. Nous sommes en libération conditionnelle ».

Des mots que tous les entraîneurs de sports professionnels comprennent et acceptent. Ils sont là, donnent leur maximum, font leur métier avec leurs convictions, avec leurs bons et mauvais côtés. Ils ont maintenant le loisir de pouvoir s’entourer d’adjoints qui viennent pallier à leurs mauvais côtés, mais ils sont ce qu’ils sont et doivent accepter les dures lois de leur métier.

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