La pièce manquante du Canadien

La chronique hockey de Martin McGuire

Publié le 1 novembre 2016

Shea Weber

©PC

Le présent début de saison du Canadien nous laisse croire que les jours heureux sont revenus dans la vie des partisans. Les jours heureux sont, croyez-moi, aussi revenus pour les dirigeants.

L'arrivée de Shea Weber a aussi un impact mesurable statistiquement, mais aussi dans ce que Guy Boucher, entraîneur des Sénateurs d'Ottawa, appelle les intangibles, les données qu'on n'arrive pas à mesurer avec les chiffres. Martin McGuire

La fin de la dernière saison fut tellement difficile qu'il reste encore quelques traces. Est-ce que ça va tenir? Ça tiendra tant et aussi longtemps que Carey Price et Shea Weber pourront continuer d'exceller comme ils le font actuellement.

Ce que ces deux joueurs ont pu amener à l'équipe de Michel Therrien est spectaculaire. Lors de nos analyses de fin de saison, nous avons tous constaté le manque de leadership au sein du groupe qui a terminé dans les bas-fonds l'an passé. Cette brèche importante, on le sait, est maintenant colmatée.

Le jeu de Price est si dominant que les adversaires du Canadien (CH) en sont intimidés. Pour m'attarder quelques instants sur le gardien vedette du CH, disons que ses statistiques (invaincu, à l'écriture de ces lignes), parlent  d'elles-mêmes. Le pourcentage d'efficacité de Price dépasse les 93%. Sa technique est à son meilleur.

Imaginez, lors du match de jeudi dernier contre le Lightning, sur une séquence, Price a poussé l'audace jusqu'à se servir d'un joueur installé devant lui pour lui bloquer la vue; il a utilisé son avant-bras et le corps de son adversaire pour améliorer sa poussée dans un déplacement latéral. Je n'avais vu ça! Le gardien du Canadien maîtrise parfaitement son art et son calme est déconcertant.

Lors du match de samedi contre les Maple Leafs, Carey Price s'amusait à faire des passes à ses défenseurs sur son revers, et ce, devant son filet. Sa confiance est à la hauteur de la place Ville Marie! Comme Patrick Roy à ses belles années, on sent même que Price intimide ses adversaires. Chaque équipe se présentant au Centre Bell ou recevant le CH, parle de Carey Price. La ligne world elite goaltender est utilisée par ses adversaires, tout comme Best of the League.

Malgré les ajouts de Alexander Radulov, Andrew Shaw et Shea Weber, qui ont tous un impact important sur les succès présents de l'équipe, celui qu'on redoute le plus, c'est Carey Price. Avec lui et son jeu, l'équipe du CH, de moyenne bonne, passe de bonne à très bonne. Nous avons déjà mentionné lors de chroniques précédentes à quel point sa présence rend ses coéquipiers meilleurs.

L'arrivée de Shea Weber a aussi un impact mesurable statistiquement, mais aussi dans ce que Guy Boucher, entraîneur des Sénateurs d'Ottawa, appelle les intangibles, les données qu'on n'arrive pas à mesurer avec les chiffres.

Shea Weber, qui a obtenu un A+ pour son premier mois avec le CH, est aussi un stabilisateur important. Bon ami de Carey Price, les deux hommes sont faits du même bois: calmes, confiants et dédiés. En chiffres, Weber a permis à lui seul d'augmenter l'efficacité du jeu de puissance avec son tir redoutable, en plus de procurer quelques victoires avec des buts qui ont assommé l'adversaire. Son différentiel de +12 et les quatre buts à sa fiche indiquent l'impact mathématique de son travail.

L'intangible maintenant, c'est cette indestructible unité qu'il démontre à ses coéquipiers avec Carey Price. Les autres joueurs dans le vestiaire sont maintenant menés par deux hommes au sang froid déconcertant, qui ne seront jamais divisés dans leurs intérêts face à l'équipe. Un duo très fort sur lequel peut compter Michel Therrien pour que l'air du vestiaire demeure pur. «Ça vaut des points en ta», comme disait Moose Dupont!

Personne n'osera défier Price et Weber. Leurs coéquipiers verront en eux la possibilité de devenir des gagnants et de faire partie d'une équipe à succès. Dans une courte carrière, de plus en plus courte dans la LNH, les opportunités de gagner sont minces. Ça passe vite.

Maintenant, la pièce manquante…

À part peut-être le Canadien des années 70, les Oilers et les Islanders des années 80, les équipes parfaites n'existent plus. L'instauration du plafond salarial a enlevé la possibilité aux dirigeants des équipes de se construire des alignements de rêve sur le dos des petits marchés. Ça marche encore au baseball, mais plus au hockey.

La pièce manquante chez le Canadien serait l'ajout d'un défenseur gaucher capable de seconder Shea Weber.

Notre bon vieux Markov, même s'il a encore dans son sac ses merveilleuses passes, prend de l'âge. Les adversaires du CH tendent à vouloir l'exploiter depuis le début de l'année. Aussi extraordinaire qu'il fût, si vous le surutilisez, cela deviendra malheureusement le maillon faible de la défensive du CH.

Les essais effectués avec Nathan Beaulieu et Alexei Emelin à la gauche de Weber ont démontré des moments intéressants, mais ça ne semble pas être la solution pour une équipe voulant devenir presque parfaite. Une équipe presque parfaite aspire à gagner la Coupe Stanley, ce à quoi aspire Marc Bergevin.

Le Canadien ne s'est pas départi de P.K. Subban pour le fun; la fameuse fenêtre d'opportunités est plus que jamais ouverte et les performances de l'équipe nous laissent y croire.

Un défenseur gaucher capable de jouer plus de 20 minutes à 5 contre 5 aux côtés de Shea, c'est difficile à trouver. Le «partenaire de danse» de Marc Bergevin, l'une des 29 autres équipes de la LNH, devra d'abord posséder une pièce comme celle-là et aussi être disposé à la troquer. Déjà là, avant d'établir une liste de candidats, c'est devenu un défi.

Le Canadien a une certaine profondeur au poste de centre. Cette profondeur s'appelle Michael McCarron. Le jeune géant sympathique du CH est à Terre-Neuve pour compléter son développement. McCarron doit être pour le Canadien ce que le vétéran joueur de centre Brian Boyle a été pour les Rangers et le Lightning; s'il est en mesure d'obtenir ce poste bientôt avec le grand club, Marc Bergevin aura une carte dans son jeu. Il pourra offrir un joueur de centre en compensation. Le «partenaire de danse» du CH devra donc vouloir obtenir un joueur de centre et s'accommoder d'un défenseur plus jeune     que celui qu'il donnera au Canadien.

Le nom de Nathan Beaulieu vient ainsi en tête de liste. Beaulieu peut tenir son bout dans la LNH sans contredit. Il n'a que 23 ans. Il peut satisfaire aisément une équipe qui désire sauver de l'argent et obtenir un défenseur compétitif.

Le CH pourrait ainsi obtenir la fameuse pièce manquante, un défenseur gaucher plus expérimenté que Beaulieu, plus solide, mais avec un salaire probablement plus imposant. C'est pour ça que l'émergence éventuelle de Michael McCarron pourrait donner cette carte à Marc Bergevin. Mais comme vous le savez, il est difficile de conclure des transactions dans la LNH… ou pas si difficile que ça? On a quand même échangé Subban en retour de Shea Weber!

Andrew Shaw maintenant

C'est clair, le mois d'octobre d'Andrew Shaw n'a peut-être pas été aussi spectaculaire que ce à quoi on s'attendait. Son contrat lui rapportant presque 4 millions $ annuellement le place, dans une ville comme Montréal, sous les projecteurs. Ici, même si vous êtes dans l'ombre de Shea Weber, d'Alexander Radulov ou de Carey Price, vous n'échappez pas à l'évaluation des partisans.

Shaw a un but et une passe en neuf parties. Sa fiche peut paraître décevante, mais son utilité avec le Canadien va au-delà des chiffres. Marc Bergevin a préféré Shaw à Lars Eller parce qu'il a l'expérience des grands matchs. Shaw sait comment gagner. Il a la réputation d'être un joueur capable de faire tout ce qu'il faut pour faire gagner son équipe: protéger une avance, garder la rondelle profondément en territoire offensif en fin de match, bloquer un tir, gagner une grosse mise en jeu, se stationner devant les gardiens adversaires, quitte à manger des coups, et même défier les adversaires les plus costauds de l'autre équipe.

Et ça, Andrew Shaw l'a fait pendant le premier mois de la saison avec le CH. C'est pour ça qu'il a maintenant une place de choix aux côtés de Desharnais et Pacioretty, pour le moment du moins, et que ses patrons ne sont pas déçus de lui malgré ses deux petits points.

Rappelons qu'en chiffres, hormis les bagues de la Coupe Stanley, Lars Eller et Andrew Shaw se ressemblent beaucoup. La grande différence vient du côté givré de Shaw. C'est ce que le Canadien recherchait, un peu plus de papier sablé et de leadership. C'est la responsabilité de Shaw.

Le cancer touche les Sens

C'est avec grande tristesse que nous avons appris la semaine dernière que la conjointe du gardien des Sénateurs d'Ottawa Craig Anderson est frappée par le cancer. Une jeune femme à peine arrivée à la quarantaine. Un coup dur pour Anderson et aussi pour la famille des Sens. Un bel exemple que malgré l'accès privilégié de la vie d'athlètes professionnels, cela ne vous met pas à l'abri de tout dans la vie.

Anderson aura besoin de ses amis et du support des partisans. Quel point de ralliement pour une équipe comme les Sens, qui après avoir blanchi les Oilers dimanche soir, ont sauté dans les bras d'Anderson qui a versé quelques larmes derrière son masque…

Les jours de Jaroslav Halak sont comptés à Brooklyn

Lors de notre passage là-bas, le gardien numéro 1, supposé, des Islanders, n'était même pas en uniforme. Non seulement il n'a pas affronté son ancienne équipe, le CH, mais on ne lui a même pas offert l'honneur d'être l'adjoint de Thomas Greiss. C'est le jeune Jean-François Bérubé qui prenait cette place. Jaro était en furie. Il s'apprête à claquer la porte et à quitter Brooklyn. Du moins, il l'a implicitement demandé à son patron Garth Snow: il veut passer à une autre équipe.

Plusieurs équipes sont à la recherche de gardiens. Est-ce qu'Halak trouvera preneur? Si c'est le cas, les Islanders s'empresseront, parce que l'an passé, à pareille date, ils cherchaient déjà à le troquer. Mais comme avec Marc Bergevin et la pièce manquante du Canadien, le défi c'est d'avoir le match parfait. Bonne chance Jaro!

À la semaine prochaine!

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