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Tuer un homme à la dialyse

Un beauceron poursuit son médecin 


Publié le 17 mai 2017

Paul Turcotte de Saint-Benjamin réclame pour 850 000$ de dommages-intérêts à son médecin.

©Photo gracieuseté

SANTÉ. Paul Turcotte de Saint-Benjamin vit l’enfer depuis son opération en février 2015. 

L’erreur est humaine, dit-on, mais lorsqu’on a entre les mains un homme inconscient sur une civière, les conséquences peuvent être catastrophiques.

C’est ce qui s’est passé à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Lévis lorsqu’un urologue a procédé à l’extraction du rein de Paul Turcotte. Selon un rapport rempli par l’une des infirmières présentes lors de l’opération, le médecin spécialiste a fermé des veines principales du mauvais rein. Ayant constaté son erreur, il les a rapidement retirés, pour les apposer sur l’autre rein. Cependant, ce n’est que 40 minutes plus tard qu’il a découvert qu’il avait oublié l’une des pinces sur le bon rein fonctionnel.

«J’avais un cancer peu commun, un kyste de bosniaque. Les médecins ont vu qu’il y avait une lacération dans mon rein en 2012, mais ce n’est que deux ans plus tard en 2014, lors d’un autre examen, qu’ils ont vu comment c’était sérieux», a raconté Paul Turcotte lors d’un entretien téléphonique.

Tout perdre

Lors de son réveil, quelques heures plus tard, l’urologue l’a informé de l’incident. «Il ne s’est jamais excusé, même lors du dernier rendez-vous que j’ai eu avec lui après», s’est-il confié.

Paul Turcotte était camionneur. Il avait son entreprise, sa maison, mais il a été obligé de tout vendre peu de temps après l’opération.

Lorsqu’on lui parle de son travail, c’est là que Paul Turcotte réagit le plus. «Les journées sont longues. Faire du camionnage ça me manque beaucoup», a-t-il dit.

«La meilleure façon de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire», a chanté Félix Leclerc. Dans le cas de M. Turcotte, il doit passer de nombreuses heures, assis, branché à une aiguille, sans pouvoir travailler.

Il doit se rendre trois fois par semaine à l’hôpital de Saint-Georges pour sa dialyse. Il risque de faire les dix minutes de voiture et les cinq heures de traitement pendant encore longtemps. Cinq ans sont nécessaires depuis la rémission d’un cancer pour devenir admissibles à une greffe.

Poursuite judiciaire

C’est lorsqu’il s’est présenté en 2015 à l’aide juridique qu’on lui a conseillé d’aller voir Jean-Pierre Ménard, avocat québécois spécialiste des erreurs médicales. Son cabinet a pris en charge son dossier et demande des dommages-intérêts de 850 000$. «Je ne peux pas me permettre à 47 ans de ne pas me battre. Il me reste encore plusieurs années à vivre», a dit Paul Turcotte.

Il y a deux semaines. Le résident de Saint-Benjamin s’est présenté à la Cour pour un interrogatoire donné par l’avocat du médecin. Il serait heureux de régler son cas à l’amiable, mais il se dit prêt à aller en procès si nécessaire. «Je n’accepterais jamais ce qu’il a fait. Aujourd’hui, j’y pense un peu moins. J’apprends à vivre avec ma nouvelle condition, mais c’est difficile», raconte Paul Turcotte.

Depuis le reportage diffusé lundi à TVA. Il a senti un élan de solidarité de la part du personnel médical qui le suit. «Si j’ai cet urologue devant moi à l’instant, c’est sûr que je ne lui dirais pas des mots doux», s’est-il confié.