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La résilience d’une communauté

Tragédie des Éboulements


Publié le 7 octobre 2017

Une communauté tissée serrée est plus forte que la solitude, au travers du deuil.

©Photo TC Media – Mizaël Bilodeau

MÉMOIRE. L’ancien curé de Saint-Bernard, Marc-André Lachance, estime que la solidité intérieure et les liens serrés des paroissiens ont favorisé leur deuil.

Le prêtre a passé environ huit ans de sa vie à titre de curé deux paroisses de la Beauce. Il a accompagné et consolé les nombreuses familles au moment où ils en avaient le plus besoin. «La phrase: comment va-t-on s’en sortir, tous les doutes, les questionnements par rapport à la foi ont surgi», se souvient-il.

Prise en charge

L’Abbé Marc-André Lachance a été projeté au cœur de cet événement. Il organise le 13 octobre la suite des choses. Le presbytère est submergé d’appels et de gens inquiets. Un lunch est organisé. «On ne savait pas exactement qui faisait partie du voyage. Des gens nous demandaient si la voiture de leurs parents était dans le stationnement de l’église», dit Michel Leblond, sacristain de Saint-Bernard.

La municipalité ouvre la salle communautaire et la liste est affichée au mur. «Il y a tellement eu d’appels que Saint-Bernard est devenu incapable de téléphoner. Il n’y avait plus aucun signal lorsqu’on décrochait», se rappelle Michel Leblond.

En première ligne

Avant même que les familles se rendent à La Malbaie pour voir leurs défunts, l’Abbé Lachance a pris l’initiative, le soir du 13 octobre, de faire une préidentification. «Je connaissais le directeur de l’hôpital et le coroner Turmel était aussi sur place.»
L’idée était de protéger les familles. Elles n’auraient ensuite qu’à confirmer que c’était bien leur père ou leur mère. «C’était difficile. On embarque sur l’adrénaline. J’étais très attaché à ses gens. J’ai fait le geste pour eux. Je les aimais, a-t-il dit. Les hommes, c’était facile, ils avaient leur portefeuille dans une poche. Pour les femmes, c’était plus complexe. Il y avait une montagne de sacoches, de manteaux et de dentiers.» Marc-André Lachance se rappelle encore clairement de ce moment à l’hôpital. «J’aurais pu être marqué. Ce n’était pas évident.»

Mais l’épreuve la plus difficile, selon lui, restait celle de perdre des amis et d’avoir une communauté décimée et en peine.

Le curé de Saint-Bernard est parti un an après l’événement. Il était devenu difficile pour lui d’y rester. «Je croisais des gens partout et ils savaient qui j’étais: le curé de la Beauce», indique-t-il. Après des études à Ottawa, il consacre aujourd’hui son temps à la thérapie de couples. «Après 20 ans, on s’ennuie de nos défunts. On pense à eux, mais la tragédie fait moins souffrir», confie Marc-André Lachance. Il estime que les gens sont passés au travers du deuil en s’appuyant sur les autres et sur une solidité intérieure. «Il ne faut pas rester seul. Nous avons vécu ça ensemble, rapidement.»

Réaction du maire

Le maire sortant de Saint-Bernard, André Gagnon, a lui aussi un souvenir très vivant de cette journée. «C’était comme le 11 septembre 2001, je me rappelle de tout. On était tous braqué devant la télévision», montre-t-il. Sa femme a perdu ses deux parents lors de cette tragédie. «J’étais occupé à déménager un hangar. J’ai vu plusieurs voitures arriver à la maison. C’est là que j’ai compris qu’il se passait quelque chose», décrit-il.

«Très peu de gens en parlent encore aujourd'hui. La tragédie de Lac-Mégantic a fait resurgir des souvenirs. La nôtre n’a pas laissé une cicatrice physique dans le village. La vie continue. Ce qui me surprend encore, c’est la résilience des gens», termine André Gagnon.

«Ils ont vécu l’aventure de notre dernier voyage, celui vers les étoiles. Aucun autre n’a été organisé depuis 20 ans. Leur présence physique fait place à leur souvenir gravé dans notre mémoire», déclare Ghyslaine Breton, du Club de l’Âge d’Or Les Aventuriers de Saint-Bernard